Tomb Raider (2018) : quand l’élève dépasse le maître ?

Mon amour pour Tomb Raider n’est pas un secret, pas plus que mon désamour pour les deux opus sortis depuis le reboot initié par Square Enix en 2013. Cela ne vous surprendra donc pas si je vous dis que ce reboot cinématographique réalisé par le norvégien Roar Uthaug me faisait extrêmement peur, encore plus lorsqu’on connaît mon attachement pour Angelina Jolie qui était l’incarnation réelle et authentique de la Lara Croft d’antan à mes yeux. Peu emballé par les multiples trailers laissant entrevoir une copie conforme du jeu de 2013 ni même par la performance d’Alicia Vikander qui en sortait, j’ai néanmoins été le voir afin de pouvoir vérifier mes impressions. Alors, déception à l’image des jeux vidéo qu’il soutient ou bonne surprise ? Réponse tout de suite.

 

Des débuts difficiles

À première vue, le pitch du film ne va pas chercher plus loin que le modèle dont il s’inspire. Âgée de 21 ans, Lara Croft est une jeune femme rebelle et indépendante qui refuse de reprendre l’empire et la fortune de son père disparu depuis sept ans. Refusant d’admettre sa mort, elle parvient à mettre la main sur des documents qui la poussent à se rendre sur le lieu de sa dernière destination : l’île mythique du Yamatai située au large du Japon, sur laquelle il étudiait le mythe de la reine Himiko. Un voyage qui se révèlera bien plus chaotique que prévu et qui la forcera à repousser ses limites pour survivre.

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Tandis que Tomb Raider (2013) démarrait directement l’aventure au moment clé du scénario, à savoir l’arrivée de Lara sur l’île du Yamatai, le film se permet de faire une excursion en amont dans la vie de l’héroïne afin d’en développer le background et d’accentuer son côté madame-tout-le-monde. De quoi présenter et familiariser les éventuels non-gamers avec la nouvelle personnalité du personnage qui n’est, à ce moment là, qu’une femme parmi tant d’autres. Si ce choix semble tout à fait intéressant sur le papier, il apparaît finalement comme une véritable erreur dans la réalisation. Accumulant des scènes d’une banalité absolue, parfois inutiles voire hors-sujet, parfois intéressantes mais trop tirées en longueur ou maladroitement écrites, la première demi-heure du film se révèle être un véritable calvaire qui fait lever les yeux au ciel de trop nombreuses fois et qui ne présage absolument rien de bon pour la suite.

 

Une réécriture au service du scénario

Arrive alors la fameuse scène du naufrage de l’Endurance, bateau à bord duquel la belle embarque en direction de l’île. Sans surprise, la scène se veut volontairement similaire à celle présentée en introduction du jeu, saut surréaliste de cabri compris. Servie par une production de qualité, elle se veut néanmoins tout aussi intense, si ce n’est plus encore. C’est alors que le film de Roar Uthaug commence à dévoiler l’intégralité de son potentiel, nombreuses surprises à la clé.

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En effet, contrairement à ce que pouvait laisser penser le trailer, Tomb Raider (2018) est loin d’être un simple copier-coller destiné à reprendre les moments forts du jeu. Un véritable travail de réécriture a été effectué par les scénaristes, Geneva Robertson-Dworet et Alastair Siddons, qui se sont réappropriés les grandes lignes du jeu pour l’adapter de manière plus intelligente, plus efficace et plus réaliste, de sorte que le spectateur en arrive à être surpris du déroulement de certaines scènes qui ne sont pas où et comme il les attendait. Ainsi, les scènes directement inspirées du jeu se comptent finalement sur les doigts d’une main et sont bien souvent remaniées tandis que d’autres, à l’image de celle du premier meurtre de Lara, gagnent en intensité et apparaissent bien plus convaincantes.

Plus encore, ils n’ont pas hésité à retravailler tout le background mythologique et historique de la légende d’Himiko de sorte à ce qu’il diffère du jeu sans pour autant perdre son intensité, et ce bien qu’il perde une des composantes fondamentales du scénario original. En compensation, on retrouve cependant tous les éléments inhérents au titre de Tomb Raider pourtant tristement absents du jeu, à savoir les énigmes, les tombeaux et les pièges, ce qui lui confère contre toute attente plus de légitimité à porter ce nom que la version vidéoludique. Et autant le dire clairement, ça, c’est fort.

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Moins de violence pour plus d’humanité

À contrario, cette réécriture a entraîné la perte d’un autre élément relativement majeur du jeu : la violence. L’île du Yamataï perd ainsi son aspect peu chaleureux et inquiétant, qui ne demeure que brièvement à travers quelques lignes de dialogue, pour n’apparaître que comme une île relativement commune. Un élément que l’on peut regretter mais qu’on pardonne facilement, et pour cause : les scénaristes ont choisi le parti pris de faire de Tomb Raider (2018) un film tout public, là où le jeu se retrouvait le cul entre deux chaises en voulant à la fois choquer le public et toucher le plus grand nombre, ce qui a donné un véritable échec.

Moins de sang et moins de violence donc, mais la pauvre Lara n’en est pour autant pas moins malmenée. Tabassée, blessée, violentée par la nature, elle frôle la mort plus d’une fois et doit faire preuve d’un courage à toute épreuve afin de pouvoir s’en sortir. Cependant, et c’est la grande surprise de cette adaptation, elle n’apparaît pas comme la Terminator invincible du jeu. Si les frontières de la badassitude tendent parfois à être dépassées au détriment de la fragilité, il en ressort une héroïne dans l’ensemble bien plus fragile, émouvante et charismatique qu’elle n’a pu l’être dans Tomb Raider (2013). On en oublie ainsi rapidement la jeune femme immature et irritante de la première demi-heure et on en savoure d’autant plus la scène finale du film qui, en plus d’être un beau clin d’œil à la Lara Croft d’origine incarnée par Angelina Jolie, est une preuve que la jeune femme des débuts a évolué. Chose que le jeu n’est toujours pas parvenu à faire.

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Là encore, on peut estimer que cela est dû à la qualité de la réécriture faite par les scénaristes qui ont su adapter le personnage et la mise en scène pour qu’elle apparaisse plus humaine, évitant brillamment l’aspect too much dans lequel tombe la production de Crystal Dynamics dès les premières minutes. Néanmoins, il serait inapproprié de ne pas s’arrêter quelques instants sur la qualité de la performance livrée par Alicia Vikander qui a non seulement su prouver qu’elle pouvait incarner Lara Croft, mais aussi qu’elle pouvait devenir Lara Croft, c’est-à-dire s’approprier cette nouvelle version tout comme Angelina Jolie avait si bien su le faire à l’époque. Il est désormais clair qu’elle n’a pas volé le rôle et il est d’ores et déjà difficile d’imaginer une autre actrice prendre sa place.

 

« I’m a survivor… »

De la même manière que la devise « A survivor is born… » accompagnait la promotion du jeu en 2013, la sortie du film a été accompagnée du remix d’une chanson qui est rapidement devenue son hymne : Survivor des Destiny’s Child. Mais la phrase « I’m a survivor » est-elle plus légitime qu’elle ne l’était dans l’histoire d’origine ? Assurément non. Tout comme dans Tomb Raider (2013), il n’apparaît à aucun moment du film, qui dure pourtant près de 2h, une quelconque forme de survie, tout du moins pas dans le sens où cela est sous-entendu. Ajouté à cela des personnages secondaires majoritairement trop effacés (malgré un antagoniste plus charismatique que dans le jeu) et un certain manque d’originalité et de prises de risques dans l’aspect aventure et on retrouve ainsi quelques uns des défauts que l’on pouvait déjà reprocher au modèle original dont le film s’inspire. Sans doute certaines choses auraient-elles méritées d’être retravaillées et approfondies, bien que cela ne porte pas préjudice à l’œuvre dans son ensemble.

 

En définitive, il apparaît que cette nouvelle adaptation située dans la lignée du reboot est bel et bien une réussite. Tomb Raider (2018) réussit l’exploit de faire mieux que son modèle vidéoludique, un fait bien trop rare pour ne pas être souligné. Plus fidèle au jeu vidéo que ne l’étaient les précédentes adaptations grâce à un tournant largement cinématographique, il a su s’approprier le chantier qu’était le jeu de 2013 pour lui construire des fondations plus stables tout en veillant à se réinventer pour surprendre le spectateur. Plus cohérent, plus réaliste et largement soutenu par une production de qualité ainsi que par une bonne bande originale signée Tom « Junkie XL » Holkenborg, il nous donne un aperçu de ce qu’aurait pu être le jeu sous sa forme originelle s’il avait été écrit correctement. Un très bon film, donc, bien que d’un point de vue cinématographique il soit loin de s’imposer comme une œuvre majeure et inoubliable bouleversant les codes du film d’aventure.

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Oui Alicia, je suis un fan à moitié reconquis !

7 réflexions sur “Tomb Raider (2018) : quand l’élève dépasse le maître ?

  1. C’est fou, j’ai également aimé le film, mais je ne suis pratiquement pas d’accord avec toi 😀
    Pour moi le film excelle car il prend appui sur le jeu de 2013 en s’orientant vers un contenu plus terre à terre : exit le surnaturel, l’hommage à The Descent et la Lara Croft torturée toutes les trois minutes pour faire place à une véritable aventure à la Indiana Jones (malgré les scènes dans le camp qui sont un peu pétées). Pour autant il reste très proche du jeu, tant dans la Lara Croft Terminator (sérieux avec son arc dans le camp…) que l’impression que toute la misère du monde lui tombe dessus jusqu’à l’arrivée salvatrice d’un sidekick qui lui veut du bien (et qui lui donne de quoi survivre).
    Je ne trouve pas non plus les trente premières minutes inutiles. Dès lors que le réalisateur a choisi de donner une image plus humaine à Lara Croft, il était nécessaire (par un moyen ou un autre) de la montrer dans un environnement plus proche de nous. Alors c’est sûr que la course à vélo c’était pas franchement passionnant et ces scènes sont hyper scolaire (on pourrait aisément décortiquer chaque scène et y établir les 3 étapes de la construction bateau de personnage), mais le réalisateur s’en sort grâce à la qualité d’Alicia Vikander.

    Parlons en d’Alicia Vikander d’ailleurs. A force d’apparaître dans des films tous les trois mois depuis 2015 on pourrait être au bord de l’overdose, mais quel talent ! Peu d’actrices et acteurs peuvent se targuer de véhiculer si facilement des émotions avec un simple regard, et elle en fait partie.

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    1. À vrai dire le surnaturel a toujours été une composante de Tomb Raider, que ce soit dans le premier opus de 1996 (et ses suites) ou dans le reboot. Ceci dit, je suis d’accord avec toi sur le fait qu’étudier le mythe d’Himiko d’un point de vue plus terre à terre était une excellente idée, et surtout très inattendue. D’autant plus que le doute est laissé jusqu’au bout et ça c’est bien joué de leur part (de même que le petit hommage rendu à Uncharted : Drake’s Fortune et son El Dorado). Par contre, ça enlève toute la composante qui entoure l’île qu’il est impossible de quitter, pourtant capitale dans le jeu, et ça c’est dommage. Mais c’est plutôt bien rattrapé même s’ils ne sont pas allé chercher bien loin, donc ça va.
      Je suis également d’accord pour le fait que Lara est beaucoup moins torturée que dans le jeu, qui, comme je le dis, tombe dans le « too much » dès les premières minutes. Après, l’idée de « Lara Terminator » renvoie surtout à ce que j’ai évoqué dans ma chronique sur les jeux et où je souligne le fait que non seulement elle en prend plein la gueule toutes les trois minutes, au point qu’on ne craigne pas une seule minute qu’elle y reste (rappelons qu’elle finit empalée dès le début et que ça n’a AUCUNE influence sur la suite, d’autant plus qu’elle se trimballe sa blessure la moitié du jeu, erreur heureusement corrigée dans le film), mais qu’en plus elle affronte une armée de mercenaires toute seule avec son arc. Alors certes, on retrouve cette idée dans le film, mais dans le fond elle est davantage épaulée et surtout, elle ne tue pas grand monde contrairement au jeu. Chose qui m’a davantage plu même si j’aurais aimé qu’un rapport plus « psychologique » entre le premier meurtre et ceux qui suivent soit établi.
      Pour le début du film, je ne dis pas qu’il est entièrement inutile, seulement certaines scènes le sont complètement à mes yeux tandis que d’autres sont trop longues ou traînent trop en longueur. Puis j’ai surtout eu beaucoup de mal à la voir si fragile que ça au début parce que, sans doute grâce au jeu d’Alicia, elle dégage déjà un certain charisme et une certaine confiance en elle. Il suffit de voir la scène du port pour s’en rendre compte, même s’ils ont tenté de montrer sa fragilité tant bien que mal et qu’on finit par la percevoir malgré tout.

      Dans le fond je pense qu’on est plutôt d’accord donc, seulement il y a quelques nuances dans nos perceptions. En tout cas en lisant ta critique j’ai été plutôt d’accord avec tes remarques. 🙂

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    2. Plus que de la fragilité je pense qu’ils ont cherché à montrer son esprit plus rebelle et ce sentiment de n’avoir rien à perdre. Fallait bien justifier qu’elle parte à l’autre bout du monde au milieu de l’enfer. Mais c’est exécuté maladroitement oui, ça tire parfois en longueur.

      Pour revenir sur la scène du premier meurtre d’ailleurs, c’est une vraie réussite. A ce moment-là j’ai cru qu’ils allaient installer une ambiance plus hostile, une certaine tension, mais malheureusement c’était rapidement oublié.

      C’est ça qui m’a fait marrer, on est d’accord sur le film mais pas pour les mêmes raisons 😀 En tout cas j’espère qu’il y aura une suite (même si ça semble mal barré) car il y a moyen de faire des choses sympa.

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    3. Entièrement d’accord pour le premier meurtre. Autant dans le jeu j’ai trouvé la scène complètement foireuse et mal interprétée, autant le jeu d’Alicia dans cette scène fait mal au cœur, On sent vraiment qu’elle le fait parce qu’elle n’a pas le choix et qu’elle est en danger immédiat. Dommage que ça soit vite oublié effectivement, la scène (après le meurtre) aurait mérité de durer un chouia plus longtemps pour marquer davantage l’esprit.

      Pour le coup j’espère également une suite pour voir ce qu’ils vont nous proposer. D’autant qu’ils ont eu l’excellente idée d’introduire et de préparer la mise en place des événements de Rise, donc ça ne m’étonnerait même pas que la suite soit déjà en partie écrite. Ce qui n’était absolument pas le cas dans le jeu encore une fois, où on sent qu’ils ne savaient pas encore où ils allaient et que la trilogie n’était initialement pas prévue. C’est triste à dire mais actuellement, je mise davantage sur les films que sur les jeux haha !

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  2. Je ne suis pas d’accord sur le fait que cette adaptation soit mieux que le jeu vidéo, par contre, je trouve également l’ensemble franchement réussi. Sympa de voir un avis un peu différent, la plupart des gens avec qui j’en avais parlé avaient été mitigés. Très bon article!

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    1. Merci beaucoup ! Pour le coup c’est vrai que je vais complètement à contre courant des opinions (comme pour le jeu dans l’ensemble tu me diras), mais j’ai vraiment eu cette sensation de meilleure maîtrise du scénario et de l’écriture. Ce n’est pas parfait mais ça reste meilleur à mon sens.

      Et merci d’être passée ! 😊

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