Man of the Woods de Justin Timberlake : véritable retour aux sources ?

En dépit du succès mondial de Can’t Stop the Feeling! au cours de l’année 2016, cela faisait déjà cinq ans que Justin Timberlake avait disparu du monde musical après son double album-concept The 20/20 Experience. Mais l’artiste a fait son grand retour début 2018 avec son cinquième album intitulé Man of the Woods, habilement promu par quatre singles sortis les uns après les autres pour préparer ce qui représente l’avènement de la carrière d’une pop-star : le show de la mi-temps du Super Bowl.

Si ce dernier a suscité des critiques relativement mitigées dans l’ensemble, l’album, annoncé comme un retour aux sources et aux origines du chanteur, est-il quant à lui à la hauteur de ses derniers grands succès ? Réponse tout de suite.

 

On prend les mêmes et on recommence

Pour composer Man of the Woods, Timberlake a fait appel à une équipe de producteurs de choc. En effet, Timbaland, Danja et The Neptunes (duo formé par Pharrell Williams et Chad Hugo), à l’origine des plus grands tubes extraits des deux premiers albums du chanteur, font leur grand retour derrière les platines. Retour aux sources musical, donc, après une année 2013 placée sous le signe de l’expérimentation avec de nouveaux producteurs ? Pas vraiment.

Si le déroutant mais néanmoins excellent lead single Filthy laissait présager un retour vers les sonorités avant-gardistes caractéristiques et particulières de l’album FutureSex/LoveSounds, qui demeure à ce jour encore le plus gros succès de la discographie du chanteur, le résultat est en réalité tout autre.

 

Il a quelque chose en lui de Tennessee

Pour cause, le retour aux sources dont il est question ici se situe dans la source d’inspiration dans laquelle a puisé Timberlake pour composer cet album. Oubliez le séducteur aux productions novatrices et avant-gardistes, il a désormais fait place à un homme heureux en ménage et à un père cherchant à retrouver la simplicité de son royaume d’enfance : le Tennessee. Man of the Woods, qui est à la fois un hommage aux origines du chanteur et à son fils Silas (qui signifie « de la forêt » en grec), se veut plus authentique et surtout plus personnel.

Cela ne veut pour autant pas dire que l’album ne contient pas son lot de tubes, bien au contraire. Les chansons Supplies et Say Something, respectivement deuxième et troisième singles choisis pour défendre l’album, en sont l’exemple parfait. Si Supplies bénéficie d’une superbe production à l’image de celles dont on a l’habitude de la part de l’artiste, Say Something surprend par sa production country accrocheuse dans laquelle sa voix se marie à la perfection à celle de Chris Stapleton. Le titre Morning Light, en duo avec Alicia Keys, se situe d’ailleurs dans la veine de cette dernière en prenant la forme d’une ballade amoureuse douce et mélodieuse.

Pour clôturer ce podium des réussites de l’album on peut également citer Higher Higher et son ambiance érotique envoûtante où Timberlake oscille entre voix aigüe et voix grave, l’accrocheur Montana, Breeze Off the Pond, dont la mélodie portée par les accords de guitare sublime les paroles évoquant la force de son couple avec Jessica Biel, et enfin la douce et féérique Livin’ Off the Land, qui surprend par ses sonorités celtiques et qui traite de la confiance en soi.

 

Une histoire de famille

Dans une moindre mesure, deux autres morceaux parviennent également à tirer leur épingle du jeu. Il y a tout d’abord Young Man, sorte de lettre d’amour destinée à son fils dans laquelle il tente de le préparer à traverser la longue aventure que sera sa vie. Particulièrement touchante, elle est également ponctuée d’un véritable moment de vie où la petite famille est réunie et où le bambin prononce le mot « Dada », provoquant la fierté de ses parents. Il y a ensuite Man of the Woods, titre éponyme accrocheur qui se démarque par sa légèreté et son côté enfantin dans lequel il clame son amour au Tennessee, à sa femme mais également à son fils à travers un clip qui lui est ouvertement destiné.

C’est un fait, les apparitions de Jessica Biel au sein de l’album ne manquent pas. Audible dans Young Man, visible dans le clip de Man of the Woods, elle intervient également dans l’outro de Filthy, dans l’interlude Hers où elle évoque ce qu’elle ressent en portant la chemise de son mari et enfin dans l’outro de Flannel, titre dans lequel le chanteur répond à ses propos. Une chanson portant sur une chemise, donc, qui est cependant loin d’être transcendante et qui compte parmi les moins intéressantes de l’album aux côtés de The Hard Stuff, une autre ballade country relativement plate.

Autre chanson country-funk peu convaincante : Wave. Malgré ses couplets assez entraînants, elle pèche par son refrain peu inspiré et sa composition beaucoup trop répétitive qui finit rapidement par lasser. Défaut que l’on retrouve également dans le très funky Midnight Summer Jam, aussi fun et dansant qu’irritant à cause de sa répétitivité tant dans la production que dans les paroles. Reste alors Sauce, troisième et dernier titre aux allures funk de l’album sur lequel on ne reviendra que très peu, faute de véritable intérêt dans l’ensemble malgré les quelques bonnes idées qu’il propose.

 

Man of the Woods est donc bel et bien un retour aux sources mais pas celui auquel on s’attendait. Malgré la présence des mêmes producteurs que l’intemporel FutureSex/LoveSounds, Timberlake a fait de cet album une ode à sa vie de famille et aux terres natales qui l’ont vu grandir à travers des titres efficaces, authentiques et d’un nouveau genre dans sa discographie. S’il ne marquera probablement pas l’histoire de la pop musique, il n’en reste pas moins une vraie réussite pour autant.

Les incontournables : Filthy, Higher Higher, Supplies, Say Something

 


BONUS : RETOUR SUR SES PRÉCÉDENTS ALBUMS

Si vous avez lu mes résolutions de l’année 2018 ou même si vous me suivez sur Twitter, vous devez déjà savoir que j’ai découvert l’ensemble des albums de Justin Timberlake les uns à la suite des autres afin de me préparer à la sortie de Man of the Woods. En complément de la critique de ce dernier, j’ai donc choisi de vous proposer de brèves critiques de chaque album avec mes chansons coup de cœur histoire de faire le point.

 

De son premier album, Justified, je ne retiens que très peu de titres. Il y a bien sûr les incontournables tubes que sont Rock Your Body et Cry Me a River mais aussi Like I Love You qui a une mélodie très accrocheuse. Dans une moindre mesure, il y a aussi Señorita, (Oh No) What You Got, (And She Said) Take Me Now… et c’est tout. Le reste n’est qu’une accumulation de titres très répétitifs ou de ballades de lover sans saveur héritées de l’univers boys band dont il sortait tout juste à l’époque.

 

Sans surprise, FutureSex/Love Sounds est et reste aujourd’hui encore le meilleur album de sa carrière. Produit par Timbaland et Danja qui étaient alors les producteurs les plus en vogue de l’époque, il est marqué par une identité musicale très puissante et novatrice et surprend surtout par la cohésion qu’il existe entre la plupart des morceaux. À l’exception d’un ou deux titres, il n’y a absolument rien à jeter. Un autre album prouvant que les années 2005 à 2007 incarnent un véritable âge d’or dans la pop musique américaine.

 

The 20/20 Experience est un album difficile à appréhender à la première écoute à cause de son côté très expérimental. C’est le genre d’album qui doit s’écouter et se réécouter afin d’en saisir toutes les nuances et de l’apprécier à sa juste valeur. S’il souffre de la trop longue durée de certains morceaux qui entraîne parfois un sentiment de répétitivité (Let the Groove Get In en est un parfait exemple), j’en ai surtout retenu les titres Suit & Tie, Don’t Hold the Wall, Strawberry Bubblegum et Tunnel Vision qui sont de véritables pépites.

 

À contrario, The 20/20 Experience – 2 of 2 apparaît comme l’album de trop qui n’avait pas vraiment lieu d’être. Souffrant des mêmes défauts que la première partie, aucun titre ne parvient réellement à se démarquer des autres à l’exception de TKO et de deux-trois autres qui se laissent écouter. À l’issue de l’écoute, on comprend mieux pourquoi la plupart des morceaux ont été écartés du projet initial (cette tracklist étant composée d’outtakes de la première partie) et on se dit qu’il aurait été préférable de faire un seul album composé de quelques titres supplémentaires plutôt qu’un album en deux parties.

6 réflexions sur “Man of the Woods de Justin Timberlake : véritable retour aux sources ?

  1. Je n’ai pas spécialement accroché à son dernier album mais alors j’adore « say something » ! Pour information, le lieu de tournage du clip a été utilisé pour une scène du film « 500 days of summer » (500 jours ensemble, 2009) !
    Je ne suis pas fan à 100% de Justin Timberlake mais il y a certains morceaux de sa disco (notamment sur son deuxième disque solo) que j’aime écouter et il faut reconnaître que c’est l’une des plus belles voix masculine côté rnb/soul des années 2000 !

    Aimé par 1 personne

    1. Pour ma part cet album est l’un de mes coups de cœur de l’année, je l’ai écouté pendant un bon moment ! D’ailleurs maintenant que j’ai découvert tous ses albums, j’ai presque envie de dire que Timberlake est mon artiste masculin pop (R&B) préféré. Il a vraiment un style qui lui est propre et une créativité très poussée (ce qui se voit surtout sur FutureSex/LoveSounds et The 20/20 Experience). Je ne me suis pas encore penché sur ses tournées pour l’instant par contre.

      Aimé par 1 personne

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