A Way Out : une expérience (trop) classique à vivre à deux

Lors de l’E3 2017, parmi les habituelles et nombreuses grosses annonces de l’événement, un jeu indé avait réussi à retenir l’attention des joueurs : A Way Out. Développé par Hazelight Studios, édité par Electronic Arts dans le cadre de son programme « EA Originals » et sorti le 23 mars dernier, il s’agit de la deuxième création de Josef Fares, également connu pour être le créateur du très apprécié Brothers : A Tale of Two Sons (2013). Particularité cependant, A Way Out est de ces jeux uniquement jouables en coopération, en local ou en ligne, puisque son concept repose essentiellement sur l’entraide des deux protagonistes. Mais alors, que vaut le premier projet de ce studio né du succès de Brothers : A Tale of Two Sons ? Réponse tout de suite.

 

Deux criminels, un objectif

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Avant même de démarrer l’aventure, le jeu nous présente les deux protagonistes que les joueurs vont, selon le choix de chacun, pouvoir incarner. Il s’agit de Léo et Vincent, deux criminels au tempérament opposé qui se retrouvent incarcérés au sein de la même prison. Ils s’y rencontrent et font connaissance alors que Vincent vient tout juste d’y être écroué. Ils vont rapidement se découvrir un intérêt commun, ce qui va les conduire à coopérer afin de pouvoir s’échapper de prison et d’accomplir ensemble cet objectif.

 

Une narration servie par la mise en scène

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C’est ainsi que commence l’histoire d’A Way Out, dont les grandes lignes sont définies dès les premières minutes de jeu. C’est ensuite au fil de l’aventure que l’on va pouvoir en découvrir les tenants et les aboutissants réels, tout en en apprenant davantage sur les personnages comme sur le background. Si l’histoire, à une ou deux exceptions près, ne peut se targuer d’avoir une once d’originalité, elle n’en reste pas moins captivante pour autant bien qu’elle ne parvienne pas à marquer les esprits. Coopération oblige, elle repose essentiellement sur la relation qui lie les deux héros qui est quant à elle très réussie mais surtout finement écrite. Très conflictuelle à l’origine à cause de leur personnalité opposée, on va la voir se développer à coups de méfiance, d’entraide, de découvertes et de taquineries, ce qui va donner naissance à une véritable amitié. En découle alors de nombreuses situations ou conversations comiques qui conduiront à un final assez inattendu et surtout bouleversant, ce qui en fait sans aucun doute l’un des meilleurs passages du jeu.

Une histoire classique, donc, mais on ne peut pas en dire autant de la mise en scène qui se révèle de son côté être l’un des points forts de ce titre. Inventive, recherchée, travaillée, elle ose bon nombre de choses et nous offre des séquences aussi originales qu’inattendues qui fonctionnent à la perfection. Il convient également de souligner à quel point la gestion de l’écran splitté est maîtrisée et sert à l’action, même si elle apporte en même temps quelques inconvénients. Cela se ressent surtout lors des dialogues qui peuvent être difficiles à suivre par moments car les sous-titres (le jeu étant intégralement en VOST) n’apparaissent que sous l’écran du personnage qui parle, ce qui oblige à regarder les deux écrans pour avoir la conversation complète. Autant dire que ce n’est pas chose aisée lors des séquences d’action. De plus, si l’on voulait être tatillon, on pourrait aussi souligner l’absence de gestion dynamique du son : que les personnages soient à côté ou complètement éloignés, leur voix est toujours distinctement audible.

 

Un jeu explosif… sur le papier

On parlait juste ci-dessus du fait que l’écran splitté pouvait servir à l’action. Oui, A Way Out, tout en étant un jeu principalement axé sur la narration, se paye le luxe d’offrir un certain nombre de phases d’action assez variées et dignes de n’importe quel jeu d’aventure. Si l’idée est la bienvenue dans le sens où elle permet de renouveler l’expérience de jeu au fil de la progression, on ne peut cependant pas nier le fait que ces séquences manquent cruellement de rythme et d’intensité, la faute à un gameplay qui n’est pas toujours des plus adaptés. Le fait est que l’action n’est clairement pas l’objectif premier d’un jeu comme celui-ci et cela se ressent, en dépit du fait qu’il en découle des séquences assez plaisantes à jouer.

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En effet, sans trop en dire pour ne pas spoiler, il semble important de savoir que la séquence en prison n’occupe en réalité… que le tiers, si ce n’est le quart de l’aventure. Légère déception de ce côté-là, donc, puisque la promotion du jeu avait principalement mis l’accent sur cette partie qui semblait ainsi être au cœur du jeu, et qui était probablement celle que l’on attendait le plus. Heureusement, cela permet au titre de se diversifier tout en maintenant l’accent sur la coopération, y compris durant des séquences impliquant infiltration, shoot ou encore courses poursuites. De ce fait, le jeu rappellera Uncharted à bien des égards, sans pour autant parvenir à en reproduire les sensations et la qualité, et il est clair que ce n’est pas non plus les phases qu’on en retiendra le plus.

 

Un gameplay perfectible

À l’image de son scénario, A Way Out nous propose un gameplay extrêmement classique qui permettra à n’importe quel joueur de trouver ses marques très rapidement. C’est donc une légère déception sur ce point aussi puisqu’on attendait de lui davantage de prises de risques et d’innovation, la coopération imposée pouvant être le moyen de proposer ce qu’aucun autre jeu, en particulier solo, ne peut faire. En dehors de la rigidité habituelle à ce type de production s’ajoutent également un certain nombre de bugs, parfois gênants dans la progression, ou encore l’absence totale de difficulté. Bien sûr, le manque de coordination entre les joueurs peut parfois compliquer la tâche et entraîner divers problèmes (ce qui donne alors lieu à de beaux moments de rigolade) mais cela reste trop rare.

On regrettera par ailleurs le fait que le système d’embranchement proposé lors de certaines phases soit aussi artificiel. En effet, comme évoqué plus haut, Léo et Vincent ont une personnalité très différente : là où Léo aura tendance à foncer dans le tas sans se soucier de qui que ce soit, Vincent préférera une approche plus réfléchie épargnant le maximum de personnes. Ainsi, à divers reprises, le jeu proposera aux joueurs de choisir l’une ou l’autre des approches, mais cela mènera quoi qu’il arrive au même résultat et n’aura aucune conséquence réelle par la suite. Pour terminer sur une note positive à ce sujet, soulignons tout de même le fait que les environnements fourmillent d’interactions et de petites activités à faire. C’est tout à fait inutile mais cela peut donner lieu à des séquences marrantes entre les deux joueurs qui vont alors s’affronter pour tenter de faire le meilleur score.

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C’est fatiguant de s’échapper de prison… Une petite pause Puissance 4 ?

 

Une technique inégale

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Dernier point de cette critique, l’aspect technique. A Way Out étant un jeu indé au budget limité, il est évident que ce n’est pas sur ce point qu’on en attendait le plus. À juste titre. Si certains environnements se révèlent être plutôt jolis, la plupart sont assez inégaux et jonchés de textures douteuses tandis que l’ensemble bénéficie de couleurs ternes et d’une bonne dose d’aliasing. Il en est de même pour les animations et les autres effets visuels qui, tout en faisant le travail la majeure partie du temps, sont néanmoins parfois complètement ratés.

 

Le projet de lancement du nouveau-né Hazelight Studios était ambitieux, c’est certain. Peut-être un peu trop puisque force est de constater que le cahier des charges n’est finalement qu’à moitié rempli. Si A Way Out présente son lot de bonnes idées et parvient à tirer son épingle du jeu grâce à sa réalisation et à sa narration maîtrisées, il est difficile de ne pas lui reprocher l’absence totale de prises de risques qui tend à en faire une expérience incomplète et déjà vue n’exploitant pas au mieux sa composante coopérative. Il n’en reste pour autant pas moins un jeu très sympa à découvrir avec un ami et il serait dommage de passer à côté, surtout avec cet argument commercial de poids qu’est le fait de pouvoir y jouer à deux avec une seule copie, donc pour 30€ maximum.

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4 réflexions sur “A Way Out : une expérience (trop) classique à vivre à deux

  1. Globalement je te rejoins sur les forces et faiblesses du jeu, mais sur le fait qu’il soit difficile (voire impossible) de suivre les dialogues des deux personnages ne me semble pas être un problème. Après tout, chacun contrôle son propre personnage. À la limite j’aurais aimé qu’ils poussent l’idée jusqu’au bout et que nos séquences en solo ne soient absolument pas visibles par notre partenaire (si on joue en ligne, évidemment).

    A Way Out c’est aussi le rejeton d’une lointaine époque (bon, la génération précédente) où les jeux coop étaient légion. Il me rappelle à bien des égards Kane & Lynch tant les personnalités des deux anti-héros sont semblables. Et il fait très bien son job, j’y ai joué avec mon éternel partenaire de coopération et on s’est bien marré à plusieurs reprises, même sur les courses poursuites boiteuses où je pouvais accuser sa conduite quand je ratait mes tirs !

    Bref, je suis d’accord avec ta critique, c’est un bon petit jeu qui manque peut-être d’ambition. Pour le fait qu’il soit assez peu original, ça m’a aussi semblé être un hommage aux œuvres du genre (notamment du côté du ciné par sa mise en scène), comme les films de Michael Mann.

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    1. Impossible non, c’est sûr, mais mon partenaire et moi avons à plusieurs reprises eu quand même du mal à suivre les dialogues sur les deux écrans dans les phases où on était occupés. C’est peut-être un pur manque de skill de notre part, c’est possible. Après tout, je suis le mec qui galère à lire les sous-titres et à regarder les images en même temps haha ! En revanche, même si je comprends ta remarque sur l’écran splitté, je ne suis pas d’accord. Je pense que c’est un parti pris artistique qui fait que le jeu est, d’une certaine manière, si particulier. On vit l’aventure à deux jusque sur l’écran. L’enlever en ligne serait donc une erreur.

      Pour le reste, nous sommes d’accord. C’est un jeu très plaisant à faire avec un ami, et j’espère retrouver ce genre d’expérience à l’avenir. Peut-être bien du même studio, d’ailleurs. En espérant, si tel est vraiment le cas, qu’ils dépassent le simple stade de l’hommage pour faire une œuvre originale à part entière.

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  2. J’ai enfin lu ta critique, et dans l’ensemble, même si j’ai encore plus aimé le jeu que toi, je suis d’accord avec les qualités et les faiblesses que tu lui attribues. Seule différence : à ton contraire, j’ai été agréablement surpris que l’intégralité du jeu ne se passe pas en huis clos. Et ce qui m’a le plus rebuté, c’est effectivement que le gameplay soit si varié qu’il n’est pas toujours maîtrisé, et beaucoup trop facile. Mais dans l’ensemble, j’ai beaucoup aimé cette histoire, ces personnages, cette coopération, notamment pour des mini-jeux plus prenants qu’on ne le penserait ! C’est expérimental, pas à la hauteur de son ambition, certes, mais j’espère qu’il va lancer un truc, faute de dire une mode.

    Aimé par 1 personne

    1. Je savais que le jeu ne se passerait pas entièrement en huis clos puisque quelques extraits des séquences extérieures avaient été dévoilés à l’E3, mais j’avoue que je m’attendais quand même à ce que la prison soit au cœur du jeu, d’où ma déception. Finalement, j’ai un peu l’impression qu’elle n’a été qu’un prétexte à la création de l’histoire alors que le jeu nous a été vendu (d’une certaine manière) à travers ça.

      Mais je suis d’accord avec toi pour tout le reste. Mon pote et moi avons beaucoup rigolé en faisant les mini-jeux (j’ai surtout adoré lui mettre une raclée à chacun d’entre eux, sans exception haha) et on a adoré suivre et découvrir l’histoire ensemble. Je suis quand même très content d’avoir fait ce jeu car je ne joue que très rarement en multi ou en coopération, faute de trouver des jeux qui m’en donnent l’envie ou parfois des partenaires. Du coup, comme toi, j’espère que d’autres suivront.

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