Days Gone : l’aventure post-apocalyptique de trop ?

Il y a des jeux qui, de leur annonce à leur sortie, parviennent à maintenir la hype des joueurs de bout en bout. Puis il y en a d’autres pour qui c’est plus difficile. Days Gone fait partie de ces derniers. De son annonce en grande pompe lors de l’E3 2016 à sa sortie le 26 avril dernier, il aura fait passer son public par de nombreux stades émotionnels. Tantôt impressionnés par ce nouvel open world post-apocalyptique promettant de grandiloquentes séquences, tantôt inquiets face à une communication aussi discrète que peu avantageuse pour le titre, les joueurs auront été très divisés à propos de cette dernière exclusivité Sony développée par Bend Studio (Syphon Filter, Uncharted : Golden Abyss). L’attente ayant désormais touché à sa fin, il est maintenant temps de se faire un avis définitif à son sujet. Alors, Days Gone est-il réellement à la hauteur ? Parvient-il à se faire une place parmi la lourde concurrence qui s’est constituée ces dernières années en termes de jeux post-apocalyptique ou arrive-t-il, sans mauvais jeu de mot, après la guerre ? Réponse tout de suite.

 

Une histoire convenue mais touchante

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L’histoire du jeu prend place dans l’Oregon aux États-Unis, deux ans après le passage d’une pandémie ayant provoqué la mort d’une grande partie de la population mondiale. Les rares survivants doivent désormais cohabiter avec des millions de grouilleurs, de sanguinaires et violents mutants dénués de conscience dont la rapidité de l’évolution ne cesse d’inquiéter les scientifiques du NERO, une entreprise gouvernementale cherchant à comprendre le fonctionnement de ce virus. On y incarne Deacon St John, un vétéran de l’armée américaine qui, à son retour d’Afghanistan, est devenu un motard hors-la-loi. Ce passé lui a apporté les compétences nécessaires pour survivre dans ce monde post-apocalyptique en compagnie de son ami Boozer, avec qui il ère le long des routes à bord de sa bécane afin d’accomplir les missions de chasseur de prime qui lui sont confiées par les différents camps de survivants.

Autant le dire tout de suite, la narration n’est pas le point fort de Days Gone. Avec son scénario relativement convenu et déjà vu, mais aussi prévisible sur certains points, il se place bien loin du niveau des exclusivités Sony sorties ces dernières années, dans lesquelles le plus grand soin était apporté à l’histoire. Toutefois, cela n’en fait pas un jeu inintéressant pour autant grâce au parti pris scénaristique qu’il propose. L’accent ne porte ni sur la pandémie en elle-même, bien qu’elle soit au cœur de tout un pan de l’aventure, ni sur la survie de la population, mais sur l’histoire personnelle de Deacon, qui sera le leitmotiv de toute l’aventure. Days Gone représente en fait un long voyage au cours duquel le joueur est amené à découvrir l’histoire de ce motard qui peine à redonner un sens à sa vie suite à la perte de Sarah, son épouse, morte peu après le début de la pandémie. Les différentes missions, les environnements, ses rencontres avec les autres survivants deviennent régulièrement un prétexte nous amenant progressivement à découvrir l’origine et le développement de leur relation, ce qui donne à l’aventure un aspect touchant et intense bien différent de ce qu’on peut habituellement voir dans ce genre d’univers.

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De ce fait, à l’image d’un personnage comme Aloy dans Horizon Zero Dawn, on se surprend à s’attacher à Deacon et à son histoire, quand bien même il ne s’agit pas d’un héros à la personnalité foncièrement marquante ni même parfaite, la faute à une écriture qui manque parfois de cohérence et de finesse. En effet, sur le papier, il est censé être un motard hors-la-loi indépendant et au caractère bien trempé. Dans le fond, c’est un côté que l’on aperçoit à de nombreuses reprises. Cependant, il transparait avant tout au long de l’aventure qu’il s’agit surtout d’un homme avenant, serviable et fidèle, des traits de caractère qu’il doit probablement à son passé militaire. Ainsi, lors des occasions où il prend la parole in-game afin de nous faire part de son état d’esprit ou afin de réagir à certaines choses (parfois dans des moments plus qu’inappropriés, mais on y reviendra), son ironie et son sarcasme peinent à convaincre. Plus encore, ces interventions sont parfois si nombreuses qu’elles peuvent en devenir irritantes. Et pour le coup, malgré la qualité indéniable du doublage français dans son ensemble, le fait que son doubleur se force à prendre une voix grave pour appuyer le côté bad boy est loin de rendre service au bonhomme, qui perd aussi bien en charisme qu’en crédibilité.

 

Un rythme trop inégal pour une immersion ratée

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Bien que secondaire, le NERO sera très présent tout au long de l’aventure

Si le scénario parvient à nous impliquer émotionnellement lors des différentes scènes clés qu’il propose grâce à une écriture, certes imparfaite, mais néanmoins efficace, on ne peut en revanche pas dire que le rythme de la narration lui facilite la tâche. Un rythme vacillant est loin d’être une surprise lorsqu’il est question d’un open world, mais c’est particulièrement marquant dans le cas de Days Gone dont l’enchaînement des missions est parfois chaotique. Découpée en quatre parties, l’aventure est constituée d’une multitude de missions qui conduisent la narration à s’étaler sur 30 à 40h de jeu minimum en fonction de la façon de jouer. Cependant, alors que la première et la dernière partie parviennent à proposer une évolution concise et efficace, la deuxième a tendance à patiner quand la troisième se présente largement comme étant la plus indigeste. Pour cause, elles enchaînent les missions dont l’objectif semble uniquement voué à gonfler la durée de vie : non seulement elles n’apportent pas nécessairement grand-chose à l’histoire, mais en plus elles sont parfois bien trop Fedex pour captiver. Au fil du jeu, on ne compte plus les fois où on nous demande de traverser la map pour récupérer tel objet, trouver et/ou tuer telle personne, ce qui est aussi répétitif que fatiguant. Quand on ne nous force pas purement et simplement à nous déplacer pour une simple cinématique ou un échange de trois phrases –sans exagération–, après quoi il nous faut faire demi-tour.

Le jeu est composé de missions très inégales donc, qui en plus d’être assez répétitives par moments peuvent parfois manquer d’originalité. Cela n’empêche évidemment pas à certaines d’être particulièrement réussies, que ce soit en termes d’ambiance ou de déroulement, et on aurait d’ailleurs apprécié en avoir moins au total, mais davantage dans ce style-là. Tout cela nuit indéniablement à l’immersion qu’on peut ressentir, ce qui rend d’autant moins service à l’histoire qu’elle voyait déjà l’immersion être mise à mal par certains aspects de la réalisation technique. À une époque où nous sommes tous habitués aux productions proposant une immersion la plus complète grâce à des transitions in-game/cinématique invisibles ou presque, Days Gone se paie le luxe de hacher sa narration avec d’innombrables mais surtout interminables temps de chargement entre chaque séquence, quand il ne multiplie pas les écrans noirs entre les différents plans d’une même cinématique. De plus, comme si cela ne suffisait pas, ces dernières sont parfois précédées d’un time lapse imposant une temporalité jour/nuit précise pour le déroulement d’une mission, ce qui ne semble pourtant pas avoir de réel intérêt ou impact. Il est clair que contrairement au scénario qui parvient à sauver les meubles à bien des niveaux, le rythme et l’immersion font partie des points noirs de cette aventure.

 

Survivre dans un monde aussi vaste que sans pitié

Ces dernières années ont été particulièrement prolifiques en termes d’expériences vidéoludiques post-apocalyptiques. Les amateurs du genre ont ainsi d’ores et déjà eu l’occasion, à travers de nombreux univers différents, d’apprendre à maîtriser les différentes mécaniques de survie en monde hostile : exploration, discrétion et usage modéré des rares ressources disponibles n’ont en théorie plus vraiment de secret. Mais rares sont les jeux qui ont proposé cela dans un univers à grande échelle. Days Gone le fait, et s’il est clair qu’il n’invente rien par rapport à tout ce qui a déjà été fait, il parvient à s’approprier toutes ces composantes de gameplay de manière extraordinaire. Passée la mission introductive, le jeu nous fait comprendre que l’exploration va être un élément indispensable de l’aventure afin de trouver toutes les ressources nécessaires pour pouvoir avancer. À l’instar d’un certain The Last of Us, des ressources telles que des chiffons, des bouteilles vides, des stérilisants, de la ferraille, du bois, du kérosène, et plus encore vont pouvoir être craftés en équipements de défense (soins, boosts temporaires de compétences) et d’attaque (armes blanches, explosives ou incendiaires). À ce titre, l’ambiance survival du jeu se révèle être très immersif puisque le joueur est constamment invité à se mettre en danger pour pouvoir s’en sortir.

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Fouiller le coffre des voitures peut être très bénéfique

En effet, comme dans tout univers post-apocalyptique qui se respecte, ce sont les zones urbaines et commerciales qui sont les plus susceptibles de contenir toutes les ressources dont on peut avoir besoin. Bien sûr, qui dit zone urbaine dit grand danger, car ce sont là que sont concentrés les infectés. Toutefois, là où le titre de Bend Studio surprend, c’est qu’il va encore plus loin en proposant un monde où on n’est finalement jamais réellement en sécurité. Même les zones les plus désertes peuvent être une véritable source de dangers. Si ce ne sont pas les différents types de mutants qui s’en prennent à nous, ce sera des animaux féroces tels que les loups, les ours ou les cougars qui le feront, sachant qu’ils sont aussi véloces que déterminés, encore plus lorsqu’ils sont infectés. Et si ce ne sont pas les animaux non plus, ce sera d’autres survivants qui n’hésiteront pas à tendre des embuscades le long des routes ou des sentiers, voire même à venir nous traquer jusqu’aux camps. Mais mutants, animaux et survivants ne sont rien à côté de l’une des plus belles réussites de ce Days Gone : les hordes. Allant d’une petite cinquantaine de grouilleurs à plusieurs centaines, elles seront la source de nombreuses tensions et nécessiteront stratégie et rapidité pour s’en sortir. Face à elles, aucune erreur n’est permise : une simple seconde d’inattention conduit indubitablement à la mort. Ainsi, à moins d’avoir le matériel et les compétences adéquats, il vaudra parfois mieux prendre ses jambes à son cou plutôt que de chercher le combat.

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Ce qui a suivi ce screen n’était vraiment pas beau à voir… pour moi

L’aspect survival du titre est donc sans aucun doute l’un de ses points forts, ce qui est d’autant plus vrai lorsqu’on constate que le monde n’évolue pas après notre passage, du moins pas toujours. Des ressources récupérées à un endroit, exception faite des camps, ne réapparaîtront jamais par la suite, ce qui nous pousse davantage à utiliser intelligemment tout ce dont on peut avoir besoin et à penser sur le long terme. Si la map est suffisamment grande et fournie pour qu’on ne manque jamais réellement de quoi que ce soit, même après 40h de jeu, il convient tout de même de faire attention à ne pas vider toute une zone si cela n’est pas nécessaire dans l’immédiat. En revanche, cela ne veut pas dire qu’il ne s’agit pas d’un monde vivant : traverser une même zone, parfois à tout juste quelques secondes d’intervalle, ne se déroule pas toujours de la même manière. L’univers de Days Gone pullule d’événements aléatoires auxquels on peut tenter de réchapper ou non. Par exemple, on peut parfois tomber sur des survivants en danger auxquels on pourra porter secours, ou tout simplement profiter du spectacle offert par les différents ennemis s’écharpant les uns les autres.

 

« I drive fast, I am alone at midnight »

Malgré le nombre de dangers qui nous guettent au sein de cet Oregon des plus hostiles, il n’a donc jamais été aussi jouissif d’enfourcher sa moto afin d’arpenter les routes et d’explorer les horizons. C’est là, d’ailleurs, une des autres spécificités du titre et, à nouveau, une de ses plus grandes réussites : l’utilisation de la moto. Véritablement au cœur du gameplay, il faut la gérer avec une grande attention afin de ne pas l’abîmer ni même risquer de manquer d’essence au beau milieu de nulle part. Trouver des jerricans dans l’environnement, s’arrêter aux stations essence et faire le plein de ferraille pour d’éventuelles réparations font partie de nos préoccupations tout au long de l’aventure, car il est important de savoir que la moto n’est pas un cheval qu’on peut siffler ou un taxi qu’on peut appeler. Laissez-la à un endroit et elle y restera jusqu’à ce que vous retourniez la chercher. Oubliez de faire le plein ou abîmez-la et elle ne roulera plus. Perdez-la et vous ne pourrez plus la récupérer tant que vous n’aurez pas déboursé quelques deniers dans l’un des nombreux camps pour que le mécanicien la remorque pour vous.

 

Pimp My Ride, Pimp My Deacon

Au nombre de cinq et progressivement accessibles au cours de l’aventure, les camps de survivants seront l’occasion de faire le plein d’armes, de soins et de munitions, mais aussi d’améliorer les capacités, la résistance et l’esthétique de la moto contre de l’argent, qu’il faudra préalablement gagner. Pour cela, rien de plus simple : il suffit de faire les missions données, principales comme secondaires, et de revendre un maximum d’oreilles de mutants, de plantes et de peaux d’animaux. Cela permettra ainsi de rendre l’utilisation de la moto bien plus agréable car, il faut le dire, elle a au début une maniabilité extrêmement déroutante : lourde, lente, peu réactive, plusieurs heures d’adaptation et quelques améliorations seront nécessaires pour prendre le coup. Il en sera de même pour Deacon, bien que ce soit dans une moindre mesure puisque ni l’arbre de compétences, qui permet d’améliorer ses compétences en combat de mêlée, en combat à distance et en survie, ni les différents injecteurs du NERO, qui sont destinés à augmenter sa santé, son endurance et sa concentration, n’auront un véritable impact sur sa maniabilité. Ce seront néanmoins des atouts plus qu’indispensables pour rendre l’aventure moins difficile, tout en sachant qu’elle ne l’est jamais réellement, même en difficulté la plus élevée – parce que oui, en fin d’aventure, même les hordes finissent par devenir un jeu d’enfant.

Alors que l’arbre de compétences fonctionne de manière habituelle, c’est-à-dire à base d’XP permettant de gagner des points de compétences à dépenser, l’amélioration des capacités de Deacon se révèle être un peu plus originale et passe par la réalisation d’une mission secondaire. Les injecteurs du NERO se trouvent soit dans des camps abandonnés par l’organisation, qui nécessitent alors qu’on rétablisse le courant pour pouvoir y accéder, soit dans des grottes ou des espaces surélevés. C’est plutôt bien pensé et appréciable, d’autant plus que cela permet par la même occasion de débloquer quelques points de voyage rapide supplémentaires et d’en apprendre plus sur le background du jeu avec des documents audio récupérables sur les lieux. À côté de cela se trouvent les classiques quêtes secondaires des open worlds : extermination des nids de mutants dans les zones urbaines, nettoyage des camps de survivants ennemis, hordes à vaincre et différents jobs de campement à réaliser. Si toutes ces quêtes pourront paraître redondantes par moments, en particulier celles des jobs de campement, le fait qu’elles permettent de débloquer des plans de fabrication à la manière d’un Dead Rising, de nouvelles armes, les points clés de la map et bien sûr, de l’XP, suffira à motiver à leur réalisation. D’autant plus, et on remercie Bend Studio pour cela, qu’elles ne sont pas excessivement nombreuses non plus.

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Sans surprise, Days Gone n’échappe pas non plus à l’habituelle quête des collectibles, qui sont au nombre de 240 au total. Il est important de noter qu’ils ne sont, pour la majorité d’entre eux, pas indiqués sur la map. Que les chasseurs de trophées se rassurent, tous ne sont pas nécessaires pour l’obtention du platine, et on a de toute façon tendance à mettre la main dessus le plus naturellement possible au cours des missions et de l’exploration. Toutefois, il est vivement conseillé d’en acquérir le plus possible pour s’immerger plus intensément encore dans l’univers : non seulement ces documents permettent d’en prendre davantage sur les lieux emblématiques de l’environnement, mais ils apportent surtout des éléments plus qu’intéressants sur les personnages secondaires, l’histoire des ennemis et sur le côté scientifique de la pandémie qui, comme expliqué plus haut, n’est pas réellement au cœur du scénario. De quoi bien étoffer le background du jeu et potentiellement préparer le terrain pour un éventuel second opus qui, après avoir découvert l’ensemble de ces éléments scénaristiques, pourrait furieusement donner envie.

 

Une liberté d’approche exemplaire malgré d’importants défauts

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Avant de s’intéresser à tout ce qui concerne les aspects techniques, il convient de s’arrêter plus en détail sur ce qui occupe une place essentielle du gameplay : l’action. Aussi surprenant que cela puisse paraître, Days Gone est un jeu de survie qui sait se montrer extrêmement permissif. Contrairement à un The Last of Us qui nécessite de compter chacune de ses balles, le titre de Bend Studio laisse au joueur le choix d’aborder toutes les missions, sauf cas particuliers, de la manière dont il le souhaite, sans presque jamais lui imposer la moindre contrainte. Esquiver les ennemis, les éliminer discrètement, foncer dans le tas, les trois à la fois : tout est possible. De quoi contenter tout type de joueur sans n’en frustrer aucun, ce qui est d’autant plus impressionnant que cela est fait de manière plutôt cohérente. C’est un vrai tour de force de la part des développeurs, qui ont véritablement pensé à tout pour que chacune des approches soit la plus aboutie possible. Vous voulez foncez dans le tas ? Équipez-vous de votre fusil d’assaut, de vos grenades, de vos cocktails Molotov, de vos pièges explosifs, de vos grenades flash, de vos fumigènes et faites tout péter, sans concession. Vous voulez la jouer discrètement ? Munissez-vous de vos silencieux, profitez du système de couverture et de cachette, privilégiez les éliminations furtives, voire même poussez les ennemis à s’attaquer entre eux grâce à différents stratégèmes. Dans Days Gone plus que jamais, le dicton « les ennemis de mes ennemis sont mes amis » se vérifie… à condition que lesdits « amis » ne vous repèrent pas une fois le nettoyage terminé.

Malheureusement, tout n’est pas parfait, et cela peut parfois en devenir terriblement frustrant. Par exemple, il est plus que regrettable de voir que les ennemis sont suffisamment intelligents pour repérer Deacon au bruit de ses déplacements ou à la vue du faisceau de sa lampe torche, mais qu’ils ne réagissent pas d’un iota quand celui-ci se met à hurler dans son talkie-walkie pour parler avec ses collègues, ou avec lui-même. Pour une immersion complète en cas d’infiltration, on repassera. Pire encore, l’IA des ennemis, en particulier humains, est sans aucun doute l’une des plus ratées qu’il ait été donné de voir au cours de ces dernières années. Complètement stupides, ils ne vous détecteront parfois pas alors que vous passez juste sous leur nez, quand ils ne restent pas bêtement bloqués contre un élément du décor ou qu’ils ne se cachent pas du mauvais côté de leur abri, là où vous pouvez librement leur tirer dessus…

Du moins, quand Deacon daigne toucher sa cible. C’est là l’un des grands mystères de ce jeu : le système de visée qui semble être complètement aléatoire et qui peut se révéler être une véritable plaie dans le feu de l’action. Pour cause, malgré le fait que la gravité, le recul des armes et la concentration (dans le sens où il ne faut pas enchaîner les tirs et éviter le mouvement) permettent de rendre l’action plus réaliste, le fait de mettre le viseur la cible n’est pas toujours, pour ne pas dire rarement, synonyme de tir réussi. Sans qu’on ne sache pourquoi dans la plupart de cas, les balles ont tendance à ne pas atteindre leur cible, ce qui est d’autant plus frustrant que les ennemis sont plus résistants qu’ils ne devraient l’être : six à sept balles sont parfois nécessaires pour les avoir, notamment au début de l’aventure où les armes sont dans un mauvais état. Cela nous force presque à user encore et encore de la compétence « concentration », en d’autres termes du bullet time, pour en finir avec des gunfights qui n’avanceraient pas autrement.

 

Une expérience presque digne de la 4DX…

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Passons maintenant à la partie technique du titre. Divisé en cinq régions plus ou moins grandes, Days Gone propose une grande diversité d’environnements au cours de l’aventure, chaque région proposant ses quelques spécificités. Par exemple, quelques minutes de route à moto peuvent suffire à nous faire traverser une immense et dense forêt pour nous rendre dans une zone aride et désertique, laquelle nous permettra via quelques sentiers de nous diriger vers des monts enneigés débouchant sur une zone littéralement calcinée, non loin d’un îlot entouré d’eau. Les paysages s’enchaînent mais ne se ressemblent pas, et le constat est sans appel : le titre de Bend Studio ne cesse de nous mettre claque sur claque tout au long de l’aventure grâce à ses nombreux panoramas devant lesquels on restera de longues minutes à s’extasier, tout en profitant du mode photo. Comme cela a été dit plus haut, il n’a jamais été aussi jouissif que d’enfourcher sa moto pour explorer les alentours malgré le fait qu’on se situe dans un univers post-apocalyptique, et la direction artistique de cet Oregon vidéoludique y est pour beaucoup. Si on ajoute à cela la bande-son réellement exceptionnelle composée par Nathan Whitehead qui nous accompagne lors de nos différents voyages, en mission comme en exploration libre, autant dire que personne ne ressortira de ce road trip sans de magnifiques souvenirs.

Impossible non plus de ne pas dire quelques mots sur la gestion météorologique, qui est probablement l’une des plus abouties vue dans un jeu vidéo à l’heure actuelle. Bénéficiant d’une gestion dynamique des conditions météo qui s’enchaînent avec un naturel extraordinaire, le moteur de Days Gone fait de véritables merveilles et nous offre une immersion des plus convaincantes. Par exemple, contrairement à de nombreux open worlds, on ne passe pas en l’espace de quelques secondes d’un temps ensoleillé à une monstrueuse tempête. On entend d’abord le tonnerre au loin tandis que le ciel se couvre et s’assombrit progressivement. De violentes bourrasques de vents –qui permettent par ailleurs d’apercevoir la qualité des animations des végétaux aux intempéries– font alors leur apparition, suivies par une pluie torrentielle et un orage saisissant qui provoquent l’apparition d’immenses flaques d’eau et étendues boueuses. Et ce n’est là qu’un exemple parmi tant d’autres : les jeux de lumière des rayons du soleil transperçant de toutes parts les arbres de la forêt ou encore l’accumulation progressive de la neige le long des routes sont également du plus bel effet. Rares sont les jeux qui parviennent à nous faire ressentir de manière aussi intense les effets météorologiques, c’est certain.

C’est d’autant plus impressionnant que la météo n’est pas seulement là pour faire joli ou pour rendre l’univers plus réaliste. Elle joue un véritable rôle dans l’aventure et peut changer du tout au tout l’expérience de jeu. Par exemple, conduire sur des routes mouillées, boueuses ou enneigées ne se fera pas aussi facilement que sur de l’asphalte sec, et il sera beaucoup plus facile d’avoir des accidents en cas de mauvais temps. Mais surtout, la météo a un impact direct sur le rythme de vie des infectés. Parce qu’ils craignent la lumière, il sera relativement rare d’en croiser lors d’une belle journée ensoleillée, ces derniers allant se terrer dans endroits frais et humides telles que des grottes – qu’il faut alors éviter, cela va sans dire. En revanche, aussitôt la nuit tombée ou, à défaut, les nuages et la pluie présents, les voilà en train de se promener un peu partout, ce qui rend de facto l’exploration beaucoup plus risquée. En d’autres termes, la météo est à la fois un allié et un ennemi tout au long de l’aventure, ce qui se vérifie également par le fait que la nuit, les mutants sont plus féroces alors qu’en cas de mauvais temps, leur vision ainsi que leur ouïe sont moins efficaces, ce qui permet de leur échapper beaucoup plus facilement.

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…mais qui Deacon vraiment beaucoup trop

Pourtant, malgré toutes les merveilles qu’il est capable d’accomplir, force est de constater que l’expérience visuelle proposée par le jeu reste dans l’ensemble très inégale. Par exemple, si la modélisation des visages est plutôt soignée, on regrettera le fait que tous n’aient pas bénéficié du même soin, en particulier pour les personnages les plus secondaires qui font parfois tâche à côté de Deacon. Ce dernier se situe clairement au-dessus des autres, y compris au niveau des expressions faciales qui sont relativement figées dans l’ensemble, tout en sachant que celles du héros le sont parfois un peu également. Par ailleurs, on ne pourra qu’être surpris de voir que les développeurs ont su faire preuve d’un sens du détail exceptionnel sur certaines textures, comme par exemple les sols des environnements, quand d’autres telles que de simples documents tenus par les personnages dans les cinématiques ne sont que d’infâmes bouillies de pixels dignes d’un jeu Playstation 1.

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La première fois qu’on tombe sur ça, ça surprend !

Enfin, difficile non plus de ne pas s’arrêter quelques instants sur le nombre impressionnant de bugs auxquels on est confronté tout au long de l’aventure, ce qui semble laisser penser que le développement est loin d’avoir été mené à son terme. Certains sont parfois légers et amusants, comme lorsque des textures voire même des éléments entiers du décor ne chargent pas ou lorsque des objets sont invisibles et flottants. D’autres, en revanche, sont plutôt embêtants et nuisent indéniablement à l’immersion : scripts qui ne se déclenchent pas, bugs de collision à gogo, importantes et nombreuses chutes de framerate, voire même parfois crash du jeu. Et tout cela malgré le fait que de multiples mises à jour ont déjà été déployées depuis la sortie du jeu.

 

En définitive, Days Gone est réellement une bonne surprise. Il n’invente rien, il emprunte beaucoup de ses mécaniques à d’autres jeux à succès, mais cela ne l’empêche pas de réussir à proposer une expérience à la fois unique et mémorable. On ne va pas se mentir, le fait qu’il arrive après une décennie de jeux post-apocalyptiques en tout genre, et surtout après des mastodontes tels que The Last of Us, God of War, Detroit : Become Human ou Spider-Man, ne rend pas non plus service au dernier bébé de Sony. Mais il suffit de se rappeler qu’il s’agit du premier open world réalisé par Bend Studio pour comprendre à quel point le travail accompli par cette petite équipe d’une centaine de personnes seulement est extraordinaire. C’est une première qui n’est pas parfaite, qui multiplie les erreurs et les problèmes, mais qui propose une expérience suffisamment intéressante pour donner envie d’en voir plus. Étant donné le succès commercial du titre, il ne fait nul doute qu’une suite a de fortes chances de voir le jour sur la prochaine génération, et on espère que les équipes auront appris des erreurs commises ici pour nous livrer une aventure plus grandiose encore… L’histoire de Deacon n’est sans doute pas terminée, et le background de l’aspect biologique de la pandémie est de loin le plus intéressant qui ait été réalisé ces dernières années. Vraiment, ça promet.

9 réflexions sur “Days Gone : l’aventure post-apocalyptique de trop ?

  1. J’ai rarement lu un test aussi complet et parfait que celui-ci ! J’en ai appris bien plus sur le jeu que divers vidéos que j’ai pu regarder, et pour cela je t’en remercie sincèrement !
    Tu nous donnes ton avis, et cela sans oublier d’évoquer les aspects négatifs du titre, ce qui rend le tout très digeste et clairement immersif. On remarque bien à quel point tu as apprécié le titre, comme tu arrives à lui trouver les défauts qui lui incombe ! C’est vraiment un test parfait que tu nous as écrit là ! Merci infiniment pour ce partage mon Matthieu !

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    1. J’ai essayé de faire de mon mieux pour être exhaustif et présenter le jeu sous toutes ses coutures, si j’ai réussi alors j’en suis très heureux !
      Merci à toi mon Benji, je suis très touché par ce retour !

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  2. Wow, en voilà de la critique bien exhaustive. Superbe. Quant au jeu, je pense que je le tenterai un de ces jours (mais pas dans l’immédiat). Ensuite niveau immersion, je sais que je suis pénible avec ça mais, quand on a du Sam Witwer et Courtnee Draper au casting, c’est VO obligé (non, j’deacon, rien n’est obligé, mais c’est quand même dommage ^^).

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    1. Merci beaucoup ! 😄 Franchement, c’est un jeu à faire. Il n’est pas parfait mais l’expérience en vaut largement la peine malgré tout.
      Par contre je t’avoue ne pas connaître les deux bougres que tu cites. Joli placement du jeu de mot ceci dit haha !

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  3. C’est une très belle et complète critique que tu nous offres là ! J’admets que je ne suis pas spécialement curieuse de jouer à Days Gone, mais il a fait tellement parler de lui, en bien ou en mal, que c’est appréciable de voir une critique jugeant aussi bien le positif que négatif, avec sincérité. Tu pointes bien ce qui est merveilleusement réussi et fait la force du jeu, sans oublier les défauts. On sent en tout cas, quelque part, qu’en dépit des inconvénients techniques, de l’immersion parfois gâchée, que tu y as joué avec le coeur, à l’instar de l’équipe de production qui a dû y mettre beaucoup de coeur et de passion. Et c’est ce ressenti qui ressort de ton test. Dommage que ce soit contre-balancé par des aspects plus négatifs. Un jeu vidéo peut être convenu mais ça n’empêche pas qu’il peut donner une belle histoire, prenante et avec de beaux paysages, un beau background aussi. La suite, s’il y en a une, sera peut-être encore meilleure. La musique présentée est très sympa, et je ne doute pas que le concept open world en mode survie/road trip change bien de beaucoup d’autres jeux post-apo.

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    1. C’est exactement ça. Le jeu contient son lot d’éléments négatifs mais j’y ai pris beaucoup de plaisir malgré à tout, à y jouer parfois des journées complètes. Il parvient à se créer une identité terriblement accrocheuse et je suis sûr qu’entre le succès commercial et probablement financier de cet opus, un second plus ambitieux encore pourra voir le jour. J’ai déjà hâte !

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    1. Merci beaucoup !
      Je n’y ai pensé que tardivement mais dans le fond les personnages m’ont laissé la même impression : très simples d’apparence, mais très attachants. Ce ne sont pas des héros à la carrure d’une Lara Croft ou d’un Nathan Drake par exemple (en tout cas pas pour moi), mais ils ont un petit côté mémorable quand même.
      Et pour la chasse aux trophées, je suis moi-même un chasseur donc quand je le peux je rajoute une petite note à ce sujet si j’estime que c’est nécessaire ! 🙂

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  4. En ce qui me concerne, « Days Gone » est l’un des meilleurs jeux auxquels je me suis adonné. Certes, il y a des bugs, mais l’histoire de Deacon St. John est vraiment captivante. Le monde ouvert est tout à fait sublime.

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