Hitman ou le paradoxe de la liberté frustrante

Au détour d’un récent reportage, IO Interactive a confirmé qu’un troisième opus d’Hitman était actuellement en préparation. Cela m’a rappelé que j’avais dans les cartons un projet d’article à propos de la franchise depuis quelques mois, et il me semble donc que c’est le moment idéal pour me pencher dessus. Comme vous pouvez le remarquer avec cette introduction où je me permets d’utiliser la première personne, mais aussi avec la catégorie de l’article puisqu’il est classé dans la partie « Avis », mon but ne sera pas de faire une critique objective d’Hitman. Au contraire, cet article sera totalement subjectif et aura pour objectif de vous faire part d’une réflexion que je me fais à propos de la licence et du sentiment qu’elle me provoque quand je l’aborde.

 

Hitman et moi

Avant toute chose, il me paraît important de faire le point sur mon passé avec cette série. Il faut savoir que je ne l’ai découverte que tardivement avec Hitman Absolution (2012) sur PlayStation 3, et que je ne connais absolument rien des opus qui ont pu sortir précédemment. Étant un grand fan de jeux d’infiltration, je voulais à l’époque découvrir ce qui se faisait chez la concurrence de l’une de mes séries de jeux préférée : Splinter Cell. J’avais donc acheté Absolution après avoir entendu beaucoup de bien d’Hitman, et j’avais fait entièrement le jeu, jusqu’à obtenir le platine. Il m’avait pourtant laissé un goût amer dans la bouche. Si j’y avais trouvé beaucoup d’éléments intéressants, j’en retiens surtout le gameplay qui m’avait provoqué un immense sentiment de frustration.

thumb-1920-374388

Pour cause, alors que la licence est réputée pour laisser au joueur une liberté d’approche bien plus grande que ne le fait un Splinter Cell, je me suis au contraire souvent senti limité dans mes actions, en particulier à cause du fait que l’erreur n’était jamais autorisée. J’ai tout à fait conscience que c’est un parti pris totalement assumé de la part des développeurs, l’Agent 47 devant obligatoirement agir dans l’ombre. Mais pour ma part, lorsque je joue à ce genre de jeu, j’ai tendance à vouloir la jouer « role play », c’est-à-dire que je joue la carte discrétion autant que possible mais si jamais je suis repéré, je veux pouvoir jouer le jeu et essayer de m’en sortir quand même. Ce n’était pas possible dans Absolution, qui nous forçait à passer par la case « recharge de sauvegarde » en envoyant à nos trousses des vagues d’ennemis infinies lorsque l’on était repéré.

Sans avoir fondamentalement détesté le jeu, qui reste un jeu d’infiltration plus qu’honorable sur lequel j’ai passé de bons moments, j’avais donc malgré tout laissé la licence de côté. Puis j’ai eu l’occasion de tester Hitman 2 à la Paris Games Week 2018. Même si mon temps de jeu ne fut pas assez conséquent pour me faire une idée complète, j’ai eu envie de redonner sa chance à Hitman, d’autant plus que la formule semblait avoir quelque peu évolué depuis le reboot opéré entre temps. Forcément, quand j’ai vu qu’Hitman (2016) faisait partie des jeux Playstation Plus offerts au mois de février, j’ai sauté sur l’occasion. Malheureusement, j’en suis ressorti avec une sensation très similaire à celle que m’avait laissé Absolution à l’époque, même s’il est incontestable qu’il y a eu quelques progrès depuis.

 

Une cible, une multitude d’approches

Hitman

S’il y a bien une chose que j’apprécie par-dessus tout dans Hitman, c’est le fait qu’effectivement, les niveaux sont conçus de sorte que le joueur puisse décider de l’approche qu’il souhaite afin de mener son objectif à son terme, à savoir tuer la ou les cibles qui lui ont été confiées. De ce fait, on dispose d’une quantité impressionnante de possibilités, d’autant plus qu’elles peuvent être très variées puisque presque tout ce que l’on voit ou tout ce que l’on trouve peut nous aider à cela. Ceux qui le souhaitent peuvent se contenter du grand classique de l’assassinat, à savoir l’utilisation du pistolet silencieux depuis une bonne planque afin de pouvoir ensuite s’échapper en toute discrétion. Les fans de la licence peuvent toujours se servir de la fameuse corde de piano de l’Agent 47, ce qui nécessite alors d’entrer en contact avec la cible. Les autres qui cherchent un peu plus de défi et d’originalité disposent d’une multitude de possibilités pour varier les plaisirs, ce qui offre soit dit en passant au jeu un taux de rejouabilité exemplaire.

Ainsi, en plus d’utiliser une panoplie d’armes à feu et autres gadgets (dont certains peuvent être attribués avant de lancer la mission), il est également possible de se procurer une arme blanche directement sur le terrain, en sachant que tout objet trouvé ou presque peut devenir une arme dans les mains de l’Agent 47. Le plus gros du travail reste alors de trouver le moyen d’approcher la cible, ce qui nécessite une grande patience et un sens de l’observation des plus pointus. Dans Hitman, foncer dans le tas tête baissée n’est jamais concluant, et c’est ce qui fait la force de cette saga. Les maîtres mots sont surtout ruse, distraction, agilité et tromperie, quelle que soit la manière dont c’est fait, même si cela passe généralement par une flopée de déguisements en tout genre à se procurer. On peut aussi se procurer du poison à glisser dans la nourriture ou la boisson de la cible, voire se contenter d’y glisser des vomitifs afin de la forcer à s’isoler aux toilettes et de pouvoir s’occuper de son cas en personne. Pour trouver la meilleure approche et surtout pour être certain de s’en sortir, il faut donc non seulement connaître son environnement, mais aussi prendre le temps d’observer sa cible pour connaître ses moindres faits et gestes et déterminer le moment le plus propice pour passer à l’attaque.

Pour faire tout cela, c’est une certitude, la liberté est totale. À aucun moment le jeu ne nous prend par la main, ne nous aide en nous donnant des conseils ou quoi que ce soit. Tout repose sur le joueur et son sens de l’observation et de la préparation. Toutefois, Hitman (2016) propose une nouvelle (si mes souvenirs d’Absolution ne sont pas erronés) mécanique de gameplay plutôt sympathique : celle des « opportunités ». En passant par les options du jeu ou en tombant sur la conversation/le document propice à son lancement en se baladant sur la map, il est possible d’accéder à une série de possibilités amenant à tuer la cible, mais en étant cette fois-ci guidé par une série d’objectifs. On n’avance ainsi plus à l’aveugle et il n’y qu’à suivre les différentes étapes indiquées pour mener à bien son assassinat, qui sera pour l’occasion beaucoup plus original, élaboré, fun et spectaculaire que ceux à faire en totale liberté. Une approche qui rend indéniablement (mais dans une certaine mesure seulement tout de même) le jeu plus facile puisqu’il n’y a rien de plus difficile que de trouver les bons équipements et les bonnes occasions pour tuer sa cible lorsque l’on n’est pas guidé.

 

Liberté ou fluidité, il faut choisir

Seulement, à l’image d’Absolution, cette liberté a souvent été la source d’un grand sentiment de frustration pour moi. Pour cause, Hitman (2016) nous confronte en quelques sortes à deux types de possibilité dans notre approche. La première, c’est de privilégier son autonomie et donc de ne pas céder à l’appel des opportunités, même si l’on tombe dessus par hasard en jeu. De cette manière, on devra donc se contenter d’assassiner notre cible de manière plutôt traditionnelle, tout en prenant en compte le fait qu’on devra faire face à un niveau de difficulté relativement élevé puisque trouver les bons équipements et surtout le timing parfait nécessitera énormément de patience. Cela relèvera parfois même de l’exploit. Alors certes, là encore c’est tout à fait volontaire de la part des développeurs, c’est le but du jeu, mais cela devient rapidement frustrant puisque le jeu en arrive à devenir une sorte de die and retry : il va falloir recommencer encore et encore jusqu’à ce qu’on arrive à trouver la configuration idéale pour assassiner sa cible sans forcément être repéré, ce qui nuit fortement à la fluidité du jeu et à l’immersion que l’on peut avoir.

HITMAN™_20190308165810
Observer sa cible est le seul moyen de saisir la meilleure opportunité pour s’en débarrasser.

La seconde, c’est de céder à l’appel des opportunités pour pouvoir accéder à des assassinats plus travaillés et élaborés car scénarisés. Dans ce cas de figure, Diana Burnwood, notre agent de liaison, nous livre une série d’informations qui découlent sur divers objectifs à réaliser, comme cela est traditionnellement le cas dans les jeux d’infiltration plus dirigistes. De cette manière, l’expérience gagne alors énormément en fluidité puisque tout s’enchaîne relativement rapidement et il n’est plus nécessaire de tourner en rond pendant des heures ou de recommencer un nombre inimaginable de fois une séquence pour accomplir son objectif. Le bonus étant que, comme je l’ai évoqué plus haut, les assassinats sont alors beaucoup plus fun et originaux car beaucoup mieux préparés. À noter néanmoins que même dans ce cas de figure, l’erreur reste rarement permise : manquer sa chance implique qu’il ne sera plus possible de la récupérer, à moins de recharger sa partie pour recommencer. Mais là où Hitman (2016) s’en sort mieux qu’Absolution, c’est sur le fait que même si l’on est repéré, il est toujours possible de s’en sortir en fuyant et en se déguisant, ou en éliminant les témoins. C’est d’autant plus appréciable que cela accroît la difficulté, les gardes restant en état d’alerte et se montrant beaucoup plus vigilants qu’à l’origine.

HITMAN™_20190329231235
Elle ne croit pas si bien dire. Dans cette opportunité d’Hokkaidō, l’Agent 47 prend la place d’un prof de yoga pour pouvoir approcher sa cible.

Pour ma part, voulant jouer la carte de l’immersion à fond, j’ai commencé à jouer en privilégiant la première solution. Pas d’objectifs, aucune aide quelle qu’elle soit, je voulais juste compter sur mon sens de l’observation et mon agilité. Mais lassé de ne jamais parvenir à trouver de solution satisfaisante ou de devoir continuellement recharger ma partie jusqu’à trouver la situation parfaite, j’ai fini par privilégier les opportunités, surtout qu’elles étaient beaucoup plus fun à jouer. J’imagine que vous aurez compris, donc, ce qui m’a finalement posé problème dans cet opus, au même titre que dans le précédent que j’ai fait : j’ai l’impression que la formule ne parvient pas à trouver le bon équilibre. Soit on privilégie la liberté la plus complète, on s’arrache les cheveux et on sacrifie l’immersion et la fluidité de l’aventure pour relever un défi qui s’apparente beaucoup trop souvent à du hasard, soit on privilégie les opportunités, et auquel cas on sacrifie le sentiment de liberté pourtant lié à un jeu Hitman. Alors bien sûr, il est important de nuancer cela : ce n’est pas parce qu’on suit des objectifs donnés que toute liberté nous est enlevée et que le défi n’est plus là. Mais le sentiment provoqué n’est décemment pas le même.

En d’autres termes, j’ai cette sensation qu’Hitman ne parvient pas à trouver de juste milieu, de compromis idéal entre liberté et accessibilité, et c’est ce que je trouve réellement frustrant. C’est pour cette raison que personnellement, je continue de préférer un Splinter Cell qui, certes, ne propose à aucun moment une marge de manœuvre aussi complète et variée, mais qui ne donne jamais non plus cette impression de tout ou rien. J’ai conscience que c’est une idée difficile à réaliser, mais à mes yeux, il faudrait qu’IO Interactive parvienne à trouver le moyen d’associer l’originalité des assassinats guidés des opportunités à la liberté totale d’approche permise par les assassinats plus traditionnels.

 

Cela étant dit, je comprends tout à fait que l’on puisse aimer une formule telle que celle-ci. Je tiens à le répéter, parce qu’on ne le dit jamais trop : il ne s’agit que d’un avis purement personnel. Le potentiel d’une licence comme Hitman et de l’approche qu’elle propose reste indiscutable, et je trouve cela réellement bien qu’un studio propose de vivre une aventure de type infiltration de cette manière. J’ai tout à fait conscience que c’est assumé, qu’il s’agit de l’essence de la série, et que ce n’est pas un défaut en soi. La preuve en est que tout cela rend possible l’existence d’un mode aussi exceptionnel et captivant que le mode Contrat, qui permet à n’importe qui de créer son propre niveau avec ses défis, ses conditions, ses impératifs, et je trouve cela extraordinairement classe.

Hitman 2

Mais de mon côté, j’ai beau essayer, je n’arrive pas à m’y faire. Je n’arrive pas à me détacher de ce sentiment de frustration lorsque je joue, même si une part de plaisir demeure forcément. Maintenant que j’ai découvert Hitman (2016), j’ai l’impression qu’Hitman 2 (2018) ne semble pas avoir modifié grand-chose dans la formule et qu’il se situe dans la lignée directe de son grand frère. Si jamais l’occasion se présente ou si l’envie m’en prend, peut-être que je me laisserais à nouveau tenter, mais je commence sincèrement à me dire qu’en réalité, Hitman n’est pas une licence faite pour moi en dépit de ses grandes qualités en matière de jeu d’infiltration.

Maintenant, parce que c’est aussi le principe de ce type d’article, je vous laisse la parole. Que pensez-vous de tout cela ? Est-ce que vous aussi vous ressentez ce sentiment de frustration dont je parle ou, au contraire, vous n’êtes pas du tout d’accord et adorez cette formule ? N’hésitez pas à réagir, cela m’intéresse beaucoup d’avoir l’avis des fans de la franchise !

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s