A Plague Tale: Innocence – L’aventure narrative à la française

Après avoir été annoncé au public en 2017, A Plague Tale: Innocence est rapidement parvenu à susciter un engouement certain de la part des joueurs. Il faut dire que les jeux d’action-aventure narratifs se déroulant dans le cadre du moyen-âge ne courent pas les rues et que cela attise forcément la curiosité, encore plus quand on sait que ce sont les français d’Asobo Studio qui sont en charge de son développement. Désormais considéré comme l’un des titres phares de 2019 par beaucoup, il est temps pour nous de nous mettre à la page et de retourner, avec quelques mois de retard, dans le Royaume de France du XIVème siècle.

 

Épopée fraternelle

A Plague Tale: Innocence se déroule en 1348 dans le sud-ouest de la France, alors même que le pays est ravagé par une foudroyante épidémie de peste noire. Nous incarnons Amicia de Rune, une jeune adolescente de 15 ans dont la vie de famille est assez peu ordinaire. Elle est principalement élevée par son père, sa mère étant trop occupée à prendre soin d’Hugo, son petit frère de 5 ans, qui est rongé par un mal à l’origine mystérieuse. Alors qu’ils ne se connaissent que très peu l’un l’autre, celui-ci étant forcé de vivre coupé du reste du monde, les deux enfants vont brutalement se retrouver livrés à eux-mêmes après que l’Inquisition ait lancé une véritable chasse à l’homme contre leur famille. Ils accusent en effet Hugo d’être responsable de l’apparition de la peste noire, et par extension des vagues de rats meurtrières qui pullulent à travers l’ensemble du territoire, à cause de son état.

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Le jeu bénéficie d’un casting de choix porté par une VF de haute volée

Il ne faudra que quelques minutes de jeu à l’œuvre éditée par Focus Home Interactive pour mettre en place ce postulat de départ et ainsi donner le ton de l’aventure. Grâce à une mise en scène et une narration finement menées, A Plague Tale: Innocence parvient sans la moindre difficulté à impliquer émotionnellement le joueur dans son récit, et ce dès le premier chapitre. Alors que l’on vient tout juste de les rencontrer, on se prend déjà irrémédiablement d’empathie pour Amicia et Hugo, qui sont tout aussi étrangers l’un à l’autre que pour le joueur. Cela marque alors le début d’une éprouvante aventure s’étendant sur une petite dizaine d’heures durant lesquelles le joueur découvre les tenants et les aboutissants d’une histoire plus inattendue et fascinante qu’elle n’en a l’air. Et cela est d’autant plus captivant que la qualité d’écriture se mêle à une parfaite gestion de la tension provoquée par les événements, qui ne fait qu’aller crescendo du début à la fin.

 

Un classicisme efficace mais perfectible

Dans sa forme même, la production d’Asobo Studio se présente toutefois de manière un peu plus classique que son histoire. En effet, le jeu est une parfaite incarnation du jeu d’action-aventure traditionnel mêlant quelques phases d’exploration et de réflexion à un certain nombre de phases d’infiltration et d’action. Mais classique ne veut pas forcément dire mauvais, et en l’occurrence cela ressort très bien dans le cas présent, en tout cas la majeure partie du temps. Si on n’évitera pas l’habituelle redondance qui peut se dégager durant les toutes dernières heures du jeu, le gameplay parvient habillement à se renouveler tout au long de l’aventure grâce à l’ajout de nouvelles mécaniques que le joueur doit rapidement assimiler pour pouvoir les mettre en pratique afin d’avancer.

Forcément, un jeu d’aventure n’en serait pas vraiment un s’il ne proposait pas quelques phases d’action où le joueur est forcé d’attaquer et/ou de se défendre d’une manière ou d’une autre. C’est à ce titre que s’illustre la légère dimension RPG proposée par A Plague Tale: Innocence, qui nous permet d’améliorer l’équipement d’Amicia grâce à diverses ressources récupérées sur le terrain. Si le tout reste très sommaire, l’enjeu demeure néanmoins bien visible dans certaines situations. Être pourchassé par des soldats armés d’arcs et d’épées alors que nous ne disposons que d’une fronde et de potions alchimiques pour riposter peut vite devenir handicapant. Il vaut donc mieux faire en sorte d’avoir le meilleur équipement possible pour se faciliter les choses. Sans oublier les rats qui ne font définitivement pas de cadeau et qui guettent le moindre faux pas pour nous dévorer tout cru… littéralement.

Malheureusement, cela n’empêchera pas au jeu de nous confronter à quelques problèmes étant davantage fonctionnels que matériels. On pourra par exemple lui reprocher une prise en main un peu lourde, pas toujours efficace dans l’urgence de certaines situations, ou encore des phases d’action/infiltration parfois peu convaincantes. Absence de vraisemblance, IA ennemie complètement à côté de la plaque ou encore phases d’action virant au cauchemar à cause d’un gameplay inadapté peuvent parfois entacher l’expérience en cours de route. Heureusement, ce genre de problèmes se manifeste surtout dans les derniers chapitres, ce qui permet tout de même à la majeure partie de l’aventure de se montrer à la hauteur.

 

Le Moyen-Âge dans la fleur de l’âge

En revanche, s’il y a bien un aspect sur lequel A Plague Tale: Innocence ne faiblit pas d’un iota, c’est sur la qualité de sa direction artistique. AA oblige, le jeu n’échappe pas à quelques défauts somme toute assez légers : manque de fluidité, clipping, animations brusques ou expressions faciales figées sont de la partie. Mais les quelques faiblesses techniques du titre sont rapidement effacées par la qualité de l’univers retranscrit par Asobo Studio, qui nous plonge en plein cœur du Moyen-Âge et de tout ce qu’il peut avoir de plus séduisant à offrir. Chaque chapitre représente une occasion supplémentaire de nous faire découvrir de nouvelles ambiances, assurant de ce fait un renouvellement quasi-constant de l’expérience. Par ailleurs, il est évident que l’immersion n’aurait pas été aussi convaincante sans le travail effectué par Olivier Deriviere sur la partie musicale du jeu, qui contient un beau lot de thèmes percutants. Autant dire que tout cela nous apparaît à la fois rafraîchissant et agréable car les œuvres de ce genre-là se déroulant à cette époque de notre histoire sont finalement assez peu nombreuses. À noter que même les quelques collectibles présents servent à nous immerger dans les pratiques et les coutumes de l’époque, ce qui est plutôt bien vu de la part des développeurs.

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Brillant dans sa narration comme dans sa direction artistique, A Plague Tale: Innocence n’éprouve aucun mal à nous faire adhérer à son univers et à nous plonger dans la mystérieuse histoire de la famille De Rune. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, il nous fait nous attacher à ce petit garçon malade et à sa grande sœur dont les liens se nouent au fil de l’aventure. Si on pourra éventuellement lui reprocher un gameplay très classique dans sa construction et surtout parfois perfectible à bien des niveaux, il reste qu’Asobo Studio a réussi à nous offrir une aventure aussi captivante que palpitante. Il n’y a plus qu’à espérer que nos français continueront à s’engager dans cette voie fort prometteuse.

5 réflexions sur “A Plague Tale: Innocence – L’aventure narrative à la française

  1. Eh bien que dire d’autre que l’incroyable justesse et professionnalisme dont tu fais preuve lors de l’écriture de cet avis !
    Tout en justesse, tout en donnant ton propre avis, sans pour autant tailler le jeu, mais en ayant ton ressentie… C’est d’une justesse vraiment très agréable à lire !

    A Plague Tale, comme tu peux t’en douter, me fait sacrément de l’œil et au vu de ce que tu en dis, répond totalement à mes attentes de joueur ! Il ne me reste plus qu’à profiter d’une belle offre sur le jeu et de trouver un tant soit peu de temps, pour vivre cette nouvelle aventure au côté de Amicia & Hugo !
    Merci pour ce superbe article mon Matthieu !

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    1. Merci infiniment pour ces jolis mots mon Benji, ravi que l’article t’ait plu. Content qu’il t’aies donné envie de découvrir le jeu également. Je suis impatient d’avoir ton retour !

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  2. Je crois savoir un peu près les moments où le gameplay devient cauchemardesque, je me souviens avoir bien souffert sur certains chapitres en 2e partie de jeu, où affronter les soldats était juste horrible ! J’ai adoré ce jeu, et lire ta critique, voir les images, me replonge dans ces très bonnes heures de route passées aux côtés d’Amicia et de sa petite bande. Tu décris cet univers très justement, entre ses décors de toute beauté, sa musique absolument géniale ou le côté historique très plaisant avec les collectibles (ça m’a beaucoup plu, ces petites touches informatives sur l’époque). J’espère aussi que le studio continuera dans cette lignée prometteuse.

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    1. C’est exactement ça. La deuxième partie a été assez énervante à plus d’un titre mais personnellement, c’est surtout le dernier chapitre qui m’a bien énervé. Cet enchaînement de combats avec la maniabilité, je n’en pouvais plus.
      Mais oui, espérons que le studio continuera sur ce chemin. On sait déjà qu’un deuxième opus est en préparation et j’ai hâte de voir ce qu’ils vont bien pouvoir nous proposer ! (en espérant une réelle amélioration sur les phases de combat)

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    2. Il est clair qu’Amicia n’a rien d’une combattante, mais à ce point, ça devait très difficile. Je me rappelle m’être énervée sur un ou deux passages pendant des heures, à mon grand regret car je voulais vraiment connaître la suite de l’histoire. Vivement ce deuxième opus alors, avec des améliorations ! J’aimerais tant retrouver ces personnages…

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