Those Who Remain : Interrogations éthiques au cœur des ténèbres

Les amateurs de productions horrifiques le savent, il existe deux écoles quant à la manière de déclencher la peur : celle reposant sur les screamers et le gore à outrance et celle misant tout sur l’ambiance. Those Who Remain fait partie de la deuxième. Développé par le studio indépendant Camel 101 et édité par Wired Productions, le titre cherche à plonger le joueur dans un thriller psychologique angoissant porté par son scénario. Un exercice parfois plus difficile qu’il n’en a l’air qu’a pourtant tenté de relever le trio à l’origine de cette aventure. La question reste maintenant de savoir si le résultat est au rendez-vous.

Critique réalisée sur PS4 grâce à un code fourni par l’éditeur

 

« Pardonner ou condamner ? »

Le jeu de Camel 101 nous place dans la peau d’Edward, un homme qui cherche à reprendre sa vie en main après avoir connu des moments difficiles. Pour se faire, il décide de commencer par mettre un point final à sa liaison extraconjugale et se rend donc dans un motel aux abords de Dormont afin d’y retrouver sa maîtresse. Malheureusement, cette ville habituellement si paisible semble soudainement avoir été pervertie par les ténèbres, qui ont entraîné la disparition de nombreuses personnes au sein de la population dans de mystérieuses conditions. Tout en veillant à garder sa santé mentale intacte, Edward devra alors mettre son sens moral à l’épreuve face aux âmes torturées rencontrées afin de ressortir vainqueur du combat contre l’obscurité.

C’est parfois devenu une triste réalité au fil des expériences mais en général, jeu d’horreur et scénario font assez rarement bon ménage, en particulier du côté du secteur indépendant. Au mieux on a un scénario quasi-inexistant ou qui se contente du strict minimum, au pire on a une tentative scénaristique qui échoue lamentablement. Avant même sa sortie, Those Who Remain faisait le pari risqué d’axer sa communication sur son histoire. Un courage qu’on ne peut que saluer étant donné que l’essai s’avère véritablement concluant sur ce point : on nous annonçait un thriller psychologique bourré de suspense, et c’est ce qu’on a eu. Alors certes, il ne faut pas non plus s’attendre à ce que le jeu marque l’histoire à ce niveau-là, mais c’est agréable de voir que la formule fonctionne plutôt bien pour une fois.

Those Who Remain - Critique 01
Chaque décision prise conduira à l’une des trois fins disponibles

En effet, s’il nous faudra malgré tout un peu de temps avant de commencer à en saisir les contours et les enjeux manette en main, le fait est qu’on en arrive assez facilement à se prendre au jeu. Le mystère au cœur du jeu, bien qu’assez classique en apparence, intrigue et donne continuellement envie de progresser afin de découvrir le fin mot de l’histoire. C’est d’autant plus efficace que le jeu nous implique directement à plusieurs reprises en nous demandant de faire des choix moraux, qui auront ensuite un impact sur le destin du héros en plus de susciter chez nous des questions éthiques intéressantes. Les répercussions de ces décisions ne seront toutefois visibles qu’à la fin de l’aventure, d’une durée d’environ sept ou huit heures, où trois fins différentes peuvent se déclencher en fonction des choix effectués.

 

Ambiance claire-obscure

Par-delà son aspect thriller psychologique, Those Who Remain a également pour volonté de proposer une expérience horrifique au joueur. Mais pour cela, les développeurs ont choisi une approche plus subtile que celle abordée par de nombreux jeux. En effet, le titre met totalement de côté les screamers et le gore à outrance pour en revenir aux fondements même de l’horreur, à savoir l’ambiance. Et pour cela, rien de tel que de jouer sur l’une des peurs les plus primaires qui soit : la peur du noir. Toute l’aventure, qui se déroule à la première personne, repose ainsi sur l’idée de fuir l’obscurité afin de rester quoi qu’il arrive à l’abri à la lumière, sous peine de mourir immédiatement. Et si jamais vous étiez tenté de l’oublier, les nombreuses silhouettes tapies dans l’ombre sont là pour vous le rappeler avec leurs yeux éclairés.

De ce fait, il est clair que Camel 101 savait où il voulait aller en termes d’ambiance. On ressent d’ailleurs beaucoup l’amour des créateurs pour le genre horrifique, les trois hommes n’ayant pas hésité à puiser dans de très nombreuses influences à tous les niveaux. Malheureusement, ambiance réussie n’est pas toujours synonyme de peur. Et c’est le cas pour Those Who Remain qui échoue la majeure partie du temps à susciter en nous le moindre frisson malgré sa capacité à créer des atmosphères visuellement anxiogènes. Rendons quand même à César ce qui lui appartient, il est vrai que deux ou trois séquences peuvent s’avérer légèrement stressantes ou oppressantes à certains moments. Mais sur plusieurs heures de jeux, cela reste bien trop rare pour que ce soit l’élément que l’on retienne le plus à l’issue de cette aventure.

 

Une construction efficace à tendance disparate

Les influences du studio provenant d’autres œuvres du même genre se retrouvent également au cœur même du gameplay qui n’hésite pas à varier les expériences afin de renouveler tant bien que mal l’intérêt du joueur. Thriller narratif oblige, cela se résume la plupart du temps à explorer les lieux afin de mettre la main sur des documents permettant de faire avancer l’histoire, ce qui nécessite parfois préalablement de trouver des objets clés ou de résoudre des énigmes pour progresser. Afin de varier les plaisirs, on retrouve aussi à intervalles plus ou moins réguliers de courtes séquences de courses poursuites ou encore de cache-cache qui, il faut l’avouer, ne sont pas forcément toujours très convaincantes.

En revanche, le titre se révèle parfois plutôt ingénieux dans le sens où il apparaît de manière évidente que les développeurs ont essayé de dépasser le simple « cahier des charges » à remplir pour proposer des passages sortant de l’ordinaire. Pour ce faire, Those Who Remain n’hésite ainsi pas à s’appuyer sur sa dimension psychologique pour introduire des séquences inattendues. Mais si on ne niera pas le fait que l’intention est louable, d’autant plus que les idées fonctionnent assez bien en tant que telles, force est de constater que cela tend parfois à donner un côté fourre-tout au jeu. À force de chercher à intégrer trop de mécaniques différentes, certains passages finissent malheureusement par dénoter du reste. Sans doute aurait-il été préférable de creuser les plus indispensables, à l’instar de celle de « l’autre monde » qui, tout en étant déjà bien exploitée, aurait sans doute gagné à être davantage mise à profit encore.

 

Une technique et une bande-son décevantes

Passons maintenant au point qui fâche : la technique. On le sait, ce n’est jamais le point fort des productions indépendantes. Mais dans le cas présent, il faut dire que le niveau est relativement bas et surtout indigne d’un jeu arrivant en fin de génération, même pour cet acabit. En dépit de sa capacité à mettre en place des atmosphères vraiment sympathiques, le titre de Camel 101 souffre de graphismes complètement dépassés où se multiplient textures baveuses ainsi qu’effets (pluie, eau) et jeux de lumière ratés. Pire encore, il se paie parfois le luxe de s’accompagner de grosses chutes de frame rate lors de certaines séquences, à un point tel que cela peut en arriver à faire mal aux yeux.

Those Who Remain - Critique 08

La déception est également présente pour tout ce qui touche à la partie sonore du jeu. En ce qui concerne le doublage, Those Who Remain propose uniquement une version originale sous-titrée (supplément fautes d’orthographe) qui, loin d’être déplaisante en soi, manque néanmoins beaucoup d’acting. Il en ressort donc essentiellement un ton monotone assez dommage. Pour la bande-son, le résultat est davantage décevant encore puisque toute l’aventure est marquée par l’absence de thèmes un tant soit peu marquants ou intéressants. C’est on ne peut plus regrettable pour un thriller caractérisé par ses dimensions psychologique et horrifique… et encore plus quand ironiquement, le seul thème intéressant de toute l’aventure apparaît finalement lors du générique de fin.

 

Se lancer à la découverte d’une production horrifique indépendante est toujours un pari risqué. En tant que joueur, nous ne savons jamais réellement à quelle sauce nous allons être mangé. Heureusement, il arrive parfois de tomber sur de bonnes expériences et Those Who Remain en fait partie. Malgré ses quelques lacunes, principalement techniques mais aussi malheureusement son incapacité à susciter de la peur, le titre de Camel 101 parvient à nous tenir en haleine avec un récit intriguant porté par diverses atmosphères plutôt réussies et un gameplay assez varié. Fera-t-il partie de ces jeux dont on se souviendra sur le long terme ? Peut-être pas forcément. Mais le plaisir de l’avoir découvert n’en demeure pas moins présent pour autant.

7 réflexions sur “Those Who Remain : Interrogations éthiques au cœur des ténèbres

  1. J’avais déjà repéré ce jeu il y a un moment et j’avais très envie de le découvrir. Même s’il souffre de pas mal de défauts (graphismes, technique, ou musique absente, ce qui est à la limite le plus dommage à mes yeux), il a l’air quand même très sympathique dans son ambiance et son parti-pris psychologique. Je ne m’attends pas à un miracle comme un Silent Hill, mais il en a des échos sympas et a l’air d’être quand même en partie réussi sur plusieurs aspects. Merci pour ton test qui me permet d’en savoir un peu plus avant de l’avoir entre les mains (juillet pour la sortie boîtier physique). J’apprécie le pari de ces studios indépendants qui essayent de varier les jeux d’horreur. Ça peut donner de belles choses.

    Aimé par 1 personne

    1. Il est très sympa malgré ses imperfections évidentes. Mais quand on voit le nombre de jeux d’horreur indépendants qui sortent sans rien apporter de neuf, celui-ci fait malgré tout du bien parce qu’il essaye des choses. En particulier côté scénaristique. C’est sûr, on est loin d’un Silent Hill mais ils s’en sortent quand même assez bien à ce niveau-là.

      Tu en as eu des échos sympa du coup ? Parce que j’ai essayé de regarder les tests du peu de médias qui l’ont testé et ils étaient presque tous négatifs. Il n’y en a qu’un qui lui avait mis la moyenne sur les quelques-uns que j’ai trouvés.

      J'aime

    2. Oui, qu’ils tentent des choses c’est déjà bien. Et encore plus au niveau scénaristique : dès que c’est bien mené un minimum, ça peut donner une belle ambiance et de beaux revirements de situations.
      Je crois avoir vu passer une critique mitigée sur le Monde mais je n’en suis plus sûre. Mais sinon juste ça et ton article, et ça me suffit ! Je n’aime pas lire trop de critiques non plus sur un jeu a découvrir, ça peut atténuer la surprise du jeu ensuite.

      Aimé par 1 personne

  2. J’avais découvert le jeu à l’occasion d’une news pour PSTHC. La bande-annonce avait un côté très Silent Hill. Ton avis souligne les défauts du jeu, avec neutralité, sans oublier ses atouts. Sans surprise, c’est un jeu qui ne s’annonce pas mémorable, mais que je découvrirais probablement avec plaisir, à l’occasion.

    Aimé par 1 personne

    1. Certains plans font très Silent Hill en effet, de par leur ambiance notamment. Après, je ne suis pas le mieux placé pour repérer les références puisque je ne connais que P.T. de cette licence, malheureusement. En tout cas, si jamais tu y joues, je me ferais un plaisir de lire ton avis.

      Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s