Ghost of Tsushima : Courage et honneur pour une fin de génération réussie

Alors que l’arrivée de la PlayStation 5 se rapproche, il est temps pour Sony de commencer à se concentrer sur l’avenir en laissant progressivement derrière lui une génération PlayStation 4 couronnée d’innombrables succès. En ce mois de juillet, le constructeur nous délivre ainsi ce qui sera la dernière grosse exclusivité de la console aux 110 millions d’unités vendues. Et c’est à Sucker Punch Productions, soit l’un des studios qui a accompagné les débuts de la machine avec inFAMOUS: Second Son en mars 2014, que revient la lourde tâche d’écrire le dernier chapitre de son histoire. Pour ce faire, les développeurs ont choisi de nous emmener du côté du Japon féodal avec Ghost of Tsushima, dont le récit nous fait vivre l’invasion mongole à travers le regard d’un samouraï. De quoi partir avec les honneurs ? Il est temps de le découvrir.

Critique réalisée sur PS4 grâce à un code fourni par PlayStation France

 

Le fantôme de Tsushima

Particulièrement appréciée par un grand nombre de personnes, la culture asiatique reste un genre considéré comme étant de niche au sein de nombreuses industries. Celle du jeu vidéo n’y échappe pas malgré de récents succès, comme Sekiro: Shadows Die Twice qui a remporté le prix de Jeu de l’Année aux Game Awards 2019. C’est donc avec un choix relativement risqué que Sony clôture sa génération, principalement marquée par le succès de titres se déroulant dans un cadre occidental. The Last of Us Part II, sorti tout juste un mois avant, pourra en témoigner. Avec Ghost of Tsushima, Sucker Punch nous emmène du côté du Japon féodal, durant l’époque de Kamakura à la fin du XIIIème siècle. On y incarne Jin Sakai, un samouraï qui se trouve être le seul survivant de son clan suite à l’invasion de l’île de Tsushima par les Mongols. Déterminé à venger les siens et à reprendre le contrôle de l’île quoi qu’il en coûte, ce dernier va se lancer dans une véritable chasse à l’homme à l’encontre de Kothun Khan, le commanditaire de ce qui sera par la suite appelé la Bataille de Komoda.

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Le sacrifice d’un guerrier

Avant d’aller plus loin, précisons quand même un point important. Bien qu’elle soit largement inspirée par des événements historiques, l’histoire du jeu n’hésite pas à prendre certaines libertés vis-à-vis de la réalité. Cela étant dit, par-delà le contexte historique, le titre a surtout pour volonté de nous conter la transformation d’un héros au fil de la reconquête de son territoire. Pour cause, cette guerre va conduire Jin à remettre en cause l’ensemble des principes du Bushido, le code d’honneur des samouraïs auquel il s’est toujours plié, au profit de la voie du Fantôme. Celle-ci, parce qu’elle favorise l’attaque par surprise plutôt que l’attaque de front, est considérée comme étant indigne d’un véritable guerrier et sans honneur. Et il faut le dire, ce choix d’approche narrative était extrêmement judicieux de la part du studio. Grâce à cela, il parvient en effet à nous impliquer davantage dans son récit et à créer un véritable lien entre le joueur et le personnage qu’il incarne, chose qui aurait probablement été moins évidente s’il ne s’agissait que d’une bête et méchante histoire de guerre des clans.

Plus largement encore, la force du jeu de Sucker Punch réside dans sa capacité à donner vie à son univers en apportant un soin particulier à l’ensemble des éléments qui entourent l’histoire principale centrée sur Jin. De par son écriture bien maîtrisée, Ghost of Tsushima propose également une multitude de récits annexes, regroupés sous les appellations « Récits de Tsushima » et « Récits mythiques », qui permettent non seulement de donner une véritable profondeur aux personnages secondaires rencontrés dans l’aventure, mais aussi d’étoffer le background de l’île et sa culture. Autant dire qu’il s’agit là d’un réel tour de force de la part du studio, qui parvient brillamment à éviter le piège des quêtes annexes vides et sans saveur dans lequel tombent facilement de nombreux jeux en monde ouvert. Ce sont donc pas moins d’une soixantaine de missions supplémentaires qui attendent le joueur un peu partout sur la map, certaines n’hésitant d’ailleurs pas à aborder des thématiques fortes et poignantes telles que le deuil, la colère, la trahison, la nostalgie, l’espoir et plus encore.

 

Une immersion en demi-teinte

S’il est véritablement porté par sa direction artistique, point sur lequel nous nous attarderons un peu plus bas, le jeu bénéficie également d’une mise en scène relativement soignée. Néanmoins, il est vrai que nous aurions parfois pu nous attendre à quelque chose d’un peu moins classique à ce niveau-là. Parvenant sans difficulté à nous immerger dans cet univers et son ambiance si particulière grâce à de multiples plans larges de toute beauté, notamment lors des duels, les développeurs favorisent malheureusement trop souvent les plans en champ-contrechamp. Rien de profondément gênant à cela évidemment, mais il y aurait sans doute eu des moyens un peu plus originaux de mettre en scène l’action à certains moments. De la même manière, on pourra reprocher au jeu sa tendance à multiplier les transitions et les fondus au noir pour chaque petit événement ayant lieu, ce qui tend irrémédiablement à casser l’immersion que l’on peut avoir dans le feu de l’action. En d’autres termes, Ghost of Tsushima a finalement hérité des mêmes petits défauts que l’on pouvait déjà retrouver dans Horizon Zero Dawn et Days Gone, deux autres productions Sony en monde ouvert, avant lui.

Bien que ce soit un choix totalement assumé de la part de l’équipe de développement, il est par ailleurs rapidement lassant de devoir absolument subir les petites cinématiques d’introduction et de conclusion de chaque mission en cours. Leur présence ne dénote pas, bien au contraire, mais il aurait été appréciable de laisser le choix au joueur de pouvoir passer ces petites scènes pouvant durer jusqu’à près d’une vingtaine de secondes. Pour terminer sur quelque chose de plus positif, notons tout de même que Ghost of Tsushima bénéficie d’une VF de grande qualité, notamment portée par Damien Boisseau, mais aussi et surtout d’une bande sonore des plus exceptionnelles. Oscillant entre les morceaux épiques, poétiques et dépaysants, le travail accompli par Ilan Eshkeri et Shigeru Umebayashi est tout simplement merveilleux. De quoi s’immerger comme il se doit dans notre exploration et notre périple au sein de ces contrées japonaise. Seule petite ombre au tableau concernant le doublage : l’omniprésence des mêmes voix additionnelles tout au long du jeu. Davantage de diversité pour éviter que l’on ait sans arrêt l’impression de croiser les mêmes personnages n’aurait pas été de refus.

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Ode à l’exploration

Passons maintenant à ce qui concerne le cœur même du jeu. Les productions narratives AAA se déroulant dans un cadre japonais ne sont pas forcément monnaie courante, et encore moins sous la forme de l’open world. Sucker Punch l’a bien compris. De ce fait, comme on pouvait s’y attendre, l’île de Tsushima a été conçue de sorte à ce que le joueur se retrouve à explorer des environnements aussi représentatifs que possible de la culture, y compris au niveau des activités. Un défi relevé haut la main par le studio malgré la structure somme toute classique du monde ouvert. En effet, parmi l’ensemble des quêtes secondaires à effectuer au cours de notre périple, on trouve la possibilité de se baigner dans des sources chaudes, de jouer du katana sur des bambous d’entraînement, de composer des haïkus, d’affronter des samouraïs en duel ou même d’honorer de multiples sanctuaires. En plus de rapporter de l’expérience, traduite par une évolution de la réputation de Jin sur l’île, tout cela permet de remporter des points de compétences, des charmes ainsi que des techniques et armes de combat supplémentaires.

Ce n’est pas vraiment une surprise étant donné que c’est plus ou moins devenu la norme depuis quelques années, mais oui, Ghost of Tsushima est lui aussi teinté d’une certaine dimension RPG. Réaliser des quêtes annexes et secondaires en plus d’explorer le monde à la recherche de divers ressources permet notamment au joueur d’améliorer les capacités et l’apparence de Jin à plusieurs niveaux. Une mécanique qui, contrairement à d’autres jeux, n’est toutefois pas imposée par un système de niveau à avoir dans l’aventure. Néanmoins, il est vivement recommandé d’y accorder un minimum d’attention afin de mieux résister face à la difficulté que nous oppose le jeu. Par exemple, il est possible de s’attribuer jusqu’à six charmes différents, qui représentent des atouts dont on peut bénéficier en jeu (santé, résistance, attaque, défense, etc.). Il est également possible de s’attribuer des points de technique pour diversifier ses compétences de combat ou encore d’améliorer ses différents équipements (armures, armes, etc.) auprès de l’ensemble des marchands en échange des diverses ressources récoltées. À noter que certaines d’entre elles sont uniquement trouvables ou gagnables dans des camps ennemis à nettoyer, un grand classique du monde ouvert qui a inévitablement répondu à l’appel ici aussi.

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Vous l’aurez compris, l’île de Tsushima ne manque donc pas d’activités à réaliser. Ainsi, comme dans beaucoup d’autres jeux de ce genre, il n’est pas rare de dévier de sa route pour aller explorer des recoins nous ayant tapé dans l’œil. Et pour le coup, ce n’est clairement pas ce qui manque sur la zone de jeu du titre de Sucker Punch. D’une fraîcheur et d’un dépaysement absolu, ce dernier est une réelle invitation à l’exploration et à la promenade. D’ailleurs, avec sa taille des plus raisonnables, la zone de jeu est non seulement extrêmement bien exploitée puisqu’elle ne laisse aucune parcelle vide ou dénuée d’intérêt, mais elle a en plus le mérite de diriger le joueur de façon intelligente, naturelle et originale pour l’aider à repérer les lieux d’intérêt. À dos de cheval comme à pied, un simple glissement de doigt sur le pavé tactile suffit à déclencher une rafale de vent nous indiquant la direction de notre objectif. De cette manière, ni marqueur ni mini-map ne sont requis. Plus encore, les points d’intérêt peuvent être repérés de différentes façons. Soit en nettoyant des camps ennemis, qui dévoilent ensuite des portions de la carte, soit plus naturellement en suivant des oiseaux dorés nous conduisant jusqu’à leur position. Pour les plus impatients, il est même possible d’acheter une compétence permettant au vent de nous y guider directement.

 

L’art du combat samouraï

Quelques paragraphes plus haut, nous évoquions le fait qu’il valait mieux se prêter un minimum au jeu de l’amélioration de Jin et de ses capacités afin de pouvoir surmonter les difficultés que nous oppose le titre. Il est désormais temps d’expliciter davantage ce point. Sachez-le, Ghost of Tsushima est un jeu relativement exigeant. Sans être du niveau d’un Sekiro ou d’un Dark Souls, il nous confronte à des combats plutôt techniques nécessitant patience, rapidité et stratégie. Spammer les touches n’est jamais la solution, bien au contraire : cela a plutôt tendance à augmenter les risques de mourir. Au début de l’aventure, le samouraï ne dispose que d’une seule posture de combat. Ces derniers se limitent alors à esquiver les coups imparables, à parer ceux qui peuvent l’être et à contre-attaquer avec le bon timing. Mais progressivement, jusqu’à quatre postures différentes sont déblocables, chacune étant adaptée à un type d’ennemi en particulier. La difficulté réside ainsi dans le fait de jongler en permanence entre chacune d’elles au beau milieu des combats pour être certain de porter des coups réellement efficaces à ses adversaires.

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En parallèle, l’utilisation des points de technique dans l’arbre de compétences permet également de débloquer de nouveaux outils à utiliser pour se sortir des situations délicates. On peut par exemple lancer des kunai ou des bombes collantes pour ébranler ses ennemis mais aussi s’ouvrir une fenêtre de sortie avec une bombe fumigène. Plus original encore, l’introduction d’un combat peut se faire sous la forme d’une confrontation, qui n’est autre qu’un mini duel affreusement classe reposant uniquement sur une question de timing. Évidemment, c’est d’ailleurs tout le propos de la narration, il est aussi possible de favoriser la voie du Fantôme et donc de jouer la carte de l’infiltration. Malheureusement, ce n’est pas forcément le point sur lequel le titre de Sucker Punch excelle le plus. Il a même plutôt tendance à mettre en valeur l’un des principaux défauts du jeu : l’IA des ennemis. Complètement aveugles pour peu qu’on soit situé un peu plus en hauteur par rapport à eux, parfois sourds alors qu’on se bat avec certains de leurs camarades à quelques mètres seulement, pouvant venir à la chaîne quand on utilise l’attaque à distance avec un arc, ils rivalisent sans difficulté avec les humains que l’on croise dans Days Gone… ce qui n’est pas un compliment.

Et si les confrontations frontales s’en sortent beaucoup mieux, cela ne veut pas dire qu’elles sont parfaites pour autant. On pourra notamment regretter l’absence de verrouillage des ennemis, qui tend parfois à donner un léger côté brouillon aux combats, mais aussi et surtout les innombrables problèmes de caméra qui sont quant à eux une véritable plaie. À cause de cela, la visibilité de l’action en prend régulièrement un sacré coup. Pour parler de manière plus générale, si on laisse de côté de petits éléments tels que le switch des armes qui n’est pas toujours des plus intuitifs, la prise en main du héros est néanmoins tout à fait agréable. Similaire à celle d’un Assassin’s Creed, elle est relativement fluide dans les phases de combat comme dans les phases d’exploration et de plates-formes. Car oui, ces dernières sont bel et bien de la partie et n’ont d’ailleurs rien à envier aux derniers épisodes de Tomb Raider dans leur mise en scène et leur exécution. Il est simplement dommage qu’elles soient ternies par des défauts similaires à ceux que l’on pouvait trouver dans Horizon Zero Dawn, à savoir beaucoup d’imprécisions. Sans oublier non plus la multiplication des surfaces lisses sur lesquelles il est impossible de prendre appui, quand bien même la topographie s’y prêterait.

 

Tourisme et Mode Photo (ou le cliché inversé)

Abordons finalement le sujet qui fâche. À l’E3 2018, Sucker Punch avait présenté une séquence de gameplay dont la qualité graphique avait ébloui tout le monde. Par la suite, nous n’avions eu aucune nouvelle image jusqu’aux Games Awards en décembre 2019, où un constat n’a pas tardé à se généraliser auprès des joueurs : le jeu aurait subi un downgrade. Manette en mains, force est de constater que cela se confirme. Cependant, malgré le downgrade indéniable, Ghost of Tsushima reste aisément dans le haut du panier des productions actuelles grâce à ses décors et environnements des plus sublimes, à ses effets visuels et effets de lumière de haute qualité (mention spéciale aux mouvements de la végétation face au vent) et à sa direction artistique maîtrisée de bout en bout. Comme évoqué plus haut, l’île de Tsushima est une réelle invitation à l’exploration du fait de ses multiples panoramas, tous plus variés et poétiques les uns que les autres, dont on ne se lasse à aucun moment. Plus encore, parmi les gros points positifs, le titre nous donne un léger avant-goût de la prochaine génération par ses temps de chargement aussi courts que peu nombreux.

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Malheureusement, passer après un studio comme Naughty Dog n’est jamais un défi facile, surtout quand on sait que The Last of Us Part II frôle la perfection technique à bien des niveaux. De ce fait, on a tendance à repérer plus facilement les nombreux problèmes techniques dont hérite la production de Sucker Punch. Entre les expressions faciales parfois quelque peu figées, la modélisation des personnages inégale, le manque de finition voire l’absence totale de certaines animations ou encore les importantes baisses de framerate, il est clair que l’optimisation n’est pas toujours au top. Mais la bonne nouvelle c’est que cela n’entache jamais véritablement l’expérience de jeu. Et surtout, on a rapidement tendance à oublier ce genre de défauts lorsqu’on se retrouve à galoper dans les contrées de Tsushima en dégainant le Mode Photo à tout va afin de prendre nos plus beaux clichés. Car on ne le répétera sans doute jamais assez, mais cette dernière exclusivité de la PS4 a le mérite de nous immerger au cœur d’un monde qu’on ne voit que trop rarement dans les grosses productions vidéoludiques.

 

Quelle surprise que ce Ghost of Tsushima. À l’instar de Days Gone, la nouvelle production de Sucker Punch n’a pas manqué de susciter de vives inquiétudes en amont de sa sortie. Pourtant, tout comme ce dernier, elle est parvenue à se forger la réputation qu’elle mérite. S’il reste perfectible sur bien des points, le jeu n’en demeure pas moins une épopée exceptionnelle à vivre qui, en plus de maîtriser sa narration, réussi le pari risqué de conclure la génération PS4 sur un univers qui n’est que trop rarement exploité. Il parvient de cette manière à prendre un genre considéré comme étant de niche pour en faire une œuvre largement accessible, aux aficionados comme aux néophytes, pour le plus grand bonheur de tous. Nous pouvons donc le dire : c’est avec les honneurs que Sony met un point final à sept ans d’épopées vidéoludiques sur sa quatrième console de salon, et c’est avec la plus grande des excitations que nous attendons de nous plonger dans la génération suivante.

3 réflexions sur “Ghost of Tsushima : Courage et honneur pour une fin de génération réussie

  1. Bon, ce n’est pas mon domaine d’expertise, mais comme d’hab, je fais mon curieux et je parcours tes articles toujours complets ! Et là… Code fourni par Playstation France ? Wahou quand même ! Content de lire ça 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup ! 😊 Ça fait plaisir d’avoir un peu de tes nouvelles au passage (j’avoue que je failli depuis des semaines de mon côté en ne passant plus vraiment sur WP).

      Et oui, c’est une petite fierté d’avoir réussi à mettre en place ce partenariat ! Ça promet des choses bien sympa à l’avenir, en tout cas je l’espère ! ✨

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    2. De rien 🙂 (je ne vais pas te jeter la pierre, je ne passe pas toujours non plus, et même quand je passe, je ne commente pas assez hors vacances)

      Je te le souhaite !

      Aimé par 1 personne

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