Annoncé en 2018, Twin Mirror aura mis plus de temps que prévu avant de trouver le chemin de nos consoles. Après un report d’un an et quelques changements de direction en cours de développement, c’est finalement le 1er décembre 2020, soit seulement trois mois après l’arrivée de Tell Me Why, que le thriller psychologique de Dontnod Entertainment est sorti. Cela fait de 2020 une année bien remplie pour le studio, qui multiplie les aventures narratives pour le plus grand plaisir des joueurs. Mais multiplier les projets n’est pas toujours sans risques, et notre séjour à Basswood peut malheureusement en témoigner.

Test réalisé sur PS4 grâce à un code fourni par l’éditeur

Home Sweet Home

Life is Strange, Tell Me Why et maintenant Twin Mirror. Trois jeux différents qui ont pourtant le même postulat de départ, à savoir, pour résumer les choses plus ou moins rapidement, le retour du protagoniste là où tout a commencé. À l’instar de Max Caulfield et Tyler Ronan avant lui, Sam Higgs, ancien journaliste d’investigation et héros de cette nouvelle aventure, est de retour dans sa ville natale du nom de Basswood (Virginie-Occidentale) pour une triste raison : les funérailles de son meilleur ami Nick. Depuis son départ précipité deux ans auparavant, Sam n’avait donné de nouvelles à personne et avait tout fait pour laisser un passé visiblement douloureux derrière lui. Malheureusement pour lui, son retour est loin de passer inaperçu auprès des habitants. Non seulement cela va le forcer à affronter son propre passé, mais il va en plus se retrouver confronté aux sombres secrets que recèle cette petite ville aux allures si tranquille.

Ainsi, comme on peut en avoir l’habitude avec Dontnod, le scénario apparaît d’entrée de jeu comme étant très aguicheur sur le papier. Constitué de nombreux mystères suscitant doutes et interrogations, il présente tous les ingrédients nécessaires à la constitution d’un thriller psychologique de qualité. Ceci explique probablement pourquoi la déception est aussi vive une fois l’aventure arrivée à son terme. Avant toute chose, précisons tout de même deux éléments relativement importants. Tout d’abord, Twin Mirror est le premier thriller psychologique du studio, qui s’aventure donc sur un nouveau terrain avec cette œuvre. Ensuite, contrairement à leurs précédents titres du même acabit, celui-ci est vendu dès le début dans son intégralité et n’est donc pas découpé en trois à cinq épisodes distincts – ce qui, pour l’anecdote, était initialement prévu. En d’autres termes : Dontnod s’engouffre là, d’une certaine manière, en terres inconnues.

Pour autant, connaissant le talent créatif des équipes se cachant derrière le jeu, on ne peut que ressortir amèrement déçu de cette expérience d’une durée globale d’environ six ou sept heures. Et pour cause : tout ce qui a pu faire la force d’un Life is Strange ou plus récemment d’un Tell Me Why est malheureusement absent. Alors que l’histoire de Twin Mirror va réussir à captiver durant les deux premières heures, elle va très rapidement s’essouffler et tomber à plat, la faute à une écriture étonnamment paresseuse qui multiplie les pistes intéressantes sans jamais aller au bout de ses idées. Malgré son casting plus ou moins conséquent, aucun personnage ne parvient réellement à tirer son épingle du jeu tandis que l’enquête menée par Sam, qui sert pourtant de fil conducteur, est incapable de proposer le moindre rebondissement. Très long à démarrer, beaucoup trop rapide pour se conclure, voilà ce que l’on retiendra surtout de ce thriller psychologique totalement dénué de surprise.

« Where is my mind ? »

D’ailleurs, force est de constater que la partie psychologique du récit échoue elle aussi à tirer l’expérience vers le haut. Et pour le coup, c’est une véritable surprise quand on connaît le talent de Dontnod à raconter des histoires profondes et toutes en finesse. Dans le cas présent, tout repose sur la présence du fameux jumeau accompagnant constamment le héros, mais dont les interventions et le rôle ont bien du mal à apporter quelque chose de réellement pertinent à l’expérience de jeu. Parfois, sa présence semble même n’avoir été pensée que pour appuyer le côté torturé de Sam, ce qui tend davantage à le rendre surfait qu’autre chose. C’est particulièrement le cas dans les moments où son seul objectif est de confronter le joueur à un choix qui n’a pas forcément lieu d’être, comme si on cherchait à nous convaincre que notre décision risque d’avoir un impact majeur par la suite alors qu’il est évident que ce ne sera pas vraiment le cas. Pour résumer, tout ceci est donc bien trop artificiel pour fonctionner, y compris dans les situations un peu plus basiques où l’on doit choisir rapidement entre deux options… alors même que l’une ne devrait pourtant pas empêcher l’autre.

Mais Twin Mirror étant un thriller psychologique, il ne se limite évidemment pas à son utilisation de la science cognitive. Au contraire, il a l’intelligence de la mettre au cœur de son gameplay en l’associant avec l’autre élément majeur qui compose le genre dans lequel il s’inscrit : le thriller, et donc le côté enquête. Cela se traduit alors par une mécanique de jeu bien précise, le « Palais Mental » de Sam, qui lui sert autant de refuge dans les moments difficiles que de lieu de réflexion pour résoudre les mystères auxquels il est confronté. Et l’ensemble, bien qu’imparfait, fonctionne plutôt bien malgré le fait qu’on aurait pu en espérer un peu plus à ce niveau-là. Pour cause, Dontnod ne propose finalement guère plus que ce qu’on a déjà pu voir à de multiples reprises ailleurs. Lorsqu’il s’agit d’enquêter, le Palais Mental s’apparente à une sorte de reconstitution en réalité augmentée, un peu à la manière d’un Batman Arkham par exemple. Dans l’autre cas, il prend la forme de séquences psychédéliques assez bien mises en scène, mais pas toujours très intéressantes ni même percutantes. Pour le reste du gameplay, le studio a gardé ses habitudes en proposant quelque chose d’assez calme et contemplatif où exploration, dialogues et petites phases d’énigmes se suivent.

L’absence de la patte Dontnod

En revanche, s’il y a bien un aspect qui tranche avec le reste des productions de Dontnod, c’est la photographie du titre. Le studio a toujours fait en sorte de sublimer ses différents univers, qu’ils soient graphiques (Life is Strange, Les Aventures extraordinaires de Captain Spirit) ou plus réalistes (Tell Me Why), avec un côté cinématographique très travaillé et personnel. Mais dans le cas de Twin Mirror, le maître mot est plutôt la simplicité. Excepté durant les séquences se déroulant dans le Palais Mental, la mise en scène du jeu se veut extrêmement basique et minimaliste. Ce n’est évidemment pas un défaut en soi, mais il s’agit alors d’une force supplémentaire des œuvres de Dontnod qui manque à l’appel dans le cas présent. Et il ne faut pas compter sur l’utilisation de la musique et de l’ambiance sonore pour relever le niveau puisqu’elle est tout simplement absente pendant la majeure partie de l’œuvre, voire décevante le cas échéant.

Enfin, côté technique, le titre arrive malheureusement avec son lot d’imperfections. S’il a le mérite de proposer un rendu plus convaincant des expressions faciales des personnages, qui restent malgré tout inégales par moments, il s’avère que Twin Mirror est légèrement moins beau que Tell Me Why. Plus encore, il s’accompagne de nombreux petits bugs visuels qui s’accumulent au fil des heures. Entre les backgrounds ultra-pixélisés, le clipping important, le popping à gogo et parfois même les saccades entre différentes scènes, cela tend à faire beaucoup en peu de temps. De là à nous amener à penser que le titre n’était pas encore tout à fait prêt à sortir, il n’y a qu’un pas. Sans oublier la présence de temps de chargement assez longs, qui surviennent d’ailleurs parfois à des moments assez étonnants et qui peuvent surprendre à ce stade de la génération.

Verdict

Avec Twin Mirror, Dontnod a tenté de s’aventurer sur un terrain quelque peu inédit : celui du thriller psychologique au format non-épisodique. Malheureusement, le bilan final est plutôt amer. Est-ce un mauvais jeu ? Pas vraiment. Au fond, l’expérience n’est pas fondamentalement désagréable le temps qu’elle dure. Cependant, elle reste très classique, trop classique même pour marquer l’esprit. Et surtout, elle a le malheur d’arriver après des licences comme Life is Strange et Tell Me Why, qui ont placé la barre extrêmement haut. Ainsi, se plonger dans une aventure qui est moins convaincante que ses grandes sœurs à tous les niveaux a forcément des conséquences. Twin Mirror n’est peut-être pas le meilleur coup d’essai de Dontnod, mais on sait – ou en tout cas on espère – que le studio saura apprendre de ses erreurs pour la prochaine fois. Le rendez-vous est pris.

4 commentaires sur « TEST | Twin Mirror : Première sortie de route pour Dontnod ? »

  1. Eh bien, l’aventure Twin Mirror sonne mitigée. C’est vraiment dommage, j’aime beaucoup le côté psychologique des jeux de Dontnod, et j’attendais beaucoup du jumeau (les histoires de double me fascinent). Mais ton son de cloche en rejoint d’autres que j’ai lire, l’aventure n’est pas mauvaise, mais juste moyenne et sans trop de surprises, sans la patte si chère au studio. C’est effectivement possible qu’ils se soient testés à quelque chose de nouveau sans arriver à le maîtriser, mais on ne peut pas leur reprocher d’avoir essayé, comme d’ailleurs tu le soulignes. Les faux pas, ça arrive, et au final l’aventure est quand même jouable même si pas mémorable. Ça m’étonne quand même qu’on ressente si peu leur patte graphique et musicale…
    Merci beaucoup pour ton avis comme toujours très détaillé et argumenté Matthieu ! Ça donne vraiment une idée claire de Twin Mirror (que je finirai par tester, même s’il n’est pas sur la liste des priorités.)

    Aimé par 1 personne

    1. Tout à fait. L’expérience est mitigée, décevante même selon les attentes qu’on avait pu y mettre, mais elle n’est pas mauvaise pour autant. Par contre, c’est clair que ce n’est pas le jeu de Dontnod sur lequel on aura particulièrement envie de revenir.

      Merci à toi d’être toujours présente pour réagir et discuter, c’est vraiment un grand plaisir d’échanger à chaque fois ! 😊 Et je suis évidemment très curieux d’avoir ton avis à son sujet dès que tu l’auras fait à ton tour.

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    2. Il faut bien une erreur en cours de route de temps en temps, aucun studio ne peut être parfait, même si on aurait pu rêver ! Après, ils ont essayé autre chose, et c’est leur droit.

      Mais de rien, c’est toujours super de lire tes articles, même si je ne commente pas à chaque fois ! 😀 Je ne sais pas du tout quand je ferai Twin Mirror, mais bien entendu je te dirai mon avis (même si je doute de pouvoir lui retrouver une double facette comme pour Blair Witch).

      Aimé par 1 personne

    3. Exactement. Je ne leur jetterai pas la pierre d’avoir tenté quelque chose de différent. Au contraire, ça ne peut que donner du meilleur pour la suite s’ils apprennent de leurs erreurs.

      Aimé par 1 personne

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