Après avoir fait ses lettres de noblesse sur des titres comme Layers of Fear ou plus récemment Blair Witch, Bloober Team continue son excursion dans le monde du jeu d’horreur avec The Medium. Disponible en exclusivité sur Xbox Series X|S et PC, la dernière production du studio polonais se heurte à un défi de taille, pourtant imprévu : celui d’accompagner le lancement de la nouvelle génération de consoles de Microsoft. Un poids lourd à porter pour une telle équipe, qui a toutefois déjà prouvé par le passé son talent à créer des expériences aussi réussies que terrifiantes. Mais cela suffira-t-il dans le cas présent ? Rien n’est moins sûr…

Test réalisé sur PC avec une GTX 1070, un CPU Intel Core i7-8750H et 8 Go de RAM

Marianne ou la nouvelle Ghost Whisperer

Fini les escapades forestières peu communes dans le Maryland aux États-Unis, il est désormais temps de rentrer au bercail pour les équipes de Bloober Team. En effet, pour sa nouvelle aventure horrifique, le studio a opté pour un cadre de choix : sa terre natale. L’histoire de The Medium prend place en 1999 dans la ville de Cracovie, en Pologne. Elle met en scène Marianne, une médium ayant le pouvoir de traverser le voile séparant le monde matériel du monde spirituel et ainsi de communiquer avec les morts. Un fardeau lourd à porter qui hante notamment ses nuits, durant lesquelles elle fait un rêve récurrent où elle assiste au meurtre d’une petite fille. C’est alors que l’appel d’un certain Thomas va tout changer. Ce dernier assure avoir des réponses à lui donner. Mais pour les obtenir, la jeune femme est invitée à se rendre à l’Hôtel Niwa, dont les ruines recèlent bien des secrets.

Voilà qui marque le départ du périple de Marianne, qui puise ouvertement son inspiration dans les expériences horrifiques des années 1990… mais pas forcément pour le meilleur. Si c’est parfois dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes, le résultat est un peu plus délicat dans le cas présent. Alors même qu’il prend le risque – appréciable – de nous offrir un contexte socio-politique rarement traité dans le jeu vidéo, The Medium se perd malheureusement dans un scénario vu et revu accumulant les problèmes de rythme et les ressorts scénaristiques des plus prévisibles. Avec sa protagoniste au charisme plus que limité, le titre nous fait vivre une aventure frustrante au cours de laquelle les enjeux, pourtant toujours présents en toile de fond, ne prennent de l’ampleur qu’au cours de la dernière heure. Autant dire que cela laisse beaucoup trop de place à l’ennui sur les huit ou neuf heures de durée de vie nécessaires pour en voir le bout.

Pour nuancer un peu cette idée, précisons tout de même que tout n’est pas à jeter. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que la déception s’avère être aussi grande manette en mains. À certains moments, l’histoire du jeu n’hésite pas à mettre en avant des thèmes forts, aussi bien d’un point de vue historique que psychologique. Cependant, tous sont survolés alors même qu’ils auraient gagné à être traités plus en profondeur. C’est dommage car comme à son habitude, Bloober Team a eu le mérite d’enrichir son expérience avec un univers qui, s’il ne rentrera pas forcément dans les annales, repose toutefois sur une mise en scène plutôt soignée. Abandonnant la vue à la première personne au profit d’une vue à la troisième personne, le studio a ainsi pu proposer des plans de caméra fixes inspirés de Resident Evil et Silent Hill avec un détail supplémentaire qui fait vraiment son effet : un travelling qui rend le suivi de l’action plus dynamique. 

« Hello from the other side »

Mais ce n’est pas la seule expérimentation à laquelle s’est livré Bloober Team sur cette nouvelle production. Comme ils ont aimé le répéter au cours des derniers mois, The Medium est sans aucun doute leur jeu le plus ambitieux à ce jour, notamment grâce aux mécaniques de gameplay qu’il embarque avec lui. De par son statut de médium, Marianne se retrouve parfois à évoluer simultanément entre deux mondes : le monde réel et le monde spirituel. Cela donne alors lieu à des séquences dites « dual-reality », qui permettent au joueur de progresser et d’interagir dans l’un comme dans l’autre au même moment. De temps en temps, cela donnera également lieu à des phases extracorporelles au cours desquelles la protagoniste pourra temporairement explorer le monde des morts séparée de son enveloppe physique, pour résoudre une énigme ou débloquer un accès dans le monde réel par exemple.

Les expériences extracorporelles permettent à Marianne de se déplacer dans le monde des morts uniquement, mais sur un laps de temps limité

Cette technologie, longtemps louée par le studio polonais, apporte effectivement un petit cachet supplémentaire au jeu… en tout cas au début. Car malheureusement, ces fameuses séquences en double-réalité vont rapidement révéler leur limite. Plus accessoires qu’autre chose, elles donnent souvent l’impression d’avoir été implantées uniquement dans l’idée de mettre en avant cette technologie, sans objectif particulier dans le cadre de l’aventure. Il en va de même pour les phases un peu plus classiques durant lesquelles l’utilisation d’un miroir permet de passer d’un monde à l’autre et dont le but principal peut se résumer à surmonter un obstacle qui, soit dit en passant, aurait parfois pu être surmonté dans le monde réel. Encore une fois donc, si la volonté du studio à innover est plus que louable, le tout tombe quelque peu à l’eau en raison d’une réalisation qui, certes, fonctionne, mais qui peine à apporter une réelle plus-value au gameplay.

Un classicisme dépassé

Le concept de double-réalité s’est également retrouvé, d’une certaine manière, dans quelques séquences nous opposant à celui que l’on pourrait qualifier de Nemesis. En effet, tout au long de son aventure, Marianne est poursuivie par The Maw, un esprit maléfique qu’elle est dans l’incapacité d’affronter directement. Cela donne alors lieu à différents moments, toujours scriptés, durant lesquels on doit se livrer au jeu du chat et de la souris. Le problème, c’est que cela ne fonctionne à aucun moment. Pourtant, il faut dire ce qui est, cet antagoniste est indubitablement l’un des points forts du jeu grâce à la superbe interprétation qu’en fait Troy Baker (The Last of Us Part II, Death Stranding). Cependant, les phases de gameplay en elles-mêmes proposent une approche tellement datée et peu inspirée qu’elles échouent constamment à insuffler un quelconque sentiment de peur, d’anxiété ou même de danger. Un reproche qui s’applique d’ailleurs à l’expérience au global, malgré son atmosphère réussie.

Mais le fait est que ces séquences orientées action sont finalement aussi courtes que peu nombreuses. Durant l’essentiel du jeu, l’idée sera surtout d’explorer les lieux qui nous entourent afin que Marianne puisse s’imprégner de son environnement. À la manière d’un Resident Evil, on passe ainsi le plus clair de son temps à ramasser des documents et collectibles étoffant le background du jeu, à chercher de nouveaux accès pour progresser et à résoudre des énigmes. Et si la partie exploration fait plutôt bien le travail grâce à la qualité des mémos qui apportent un vrai plus à l’ambiance et à l’univers de The Medium, on ne peut pas en dire autant des énigmes qui ne font jamais le moindre effort. Difficile de ne pas lever les yeux au ciel quand on constate que dans la majorité des cas, la solution demandée se trouve dans la pièce d’à côté, quand ce n’est pas littéralement à deux pas de l’endroit où on se trouve. Sans compter que la « Vision » de Marianne lui permet de voir les objets importants très facilement, y compris à travers les murs.

Ambiance mortelle

Comme évoqué précédemment, le titre de Bloober Team peut en revanche se targuer d’offrir une mise en scène et une ambiance plutôt réussies dans l’ensemble. Alors même qu’il s’agit d’un jeu AA, il propose à certains moments des environnements aussi beaux que saisissants, qui auraient d’ailleurs gagné à être davantage mis en avant. De plus, impossible de ne pas tomber sous le charme de la bande originale composée par Akira Yamaoka (Silent Hill) et Arkadiusz Reikowski, qui est un vrai régal pour les oreilles. Très marquée par une tonalité synthétique séant à la perfection à l’univers du jeu, elle n’hésite pas à jouer avec des sonorités funérales et mélancoliques qui donnent une saveur très particulière au tout. De quoi ajouter un certain cachet à quelques-unes des cinématiques.

La direction artistique oscille entre le délabré et l’organique selon le monde, ce qui ne manque pas de charme

Mais là encore, tout n’est pas tout rose. Il arrive parfois que la technique vienne légèrement entacher l’immersion en raison de lacunes qui, pour une production exclusivement pensée pour la nouvelle génération, peuvent tout de même décevoir. Heureusement, ce ne sera jamais rien de bien handicapant et on pourra même avoir tendance à s’en accommoder pour un jeu de cet acabit. Cela dit, il convient tout de même de souligner que l’aventure multiplie les problèmes de clipping, d’aliasing et de saccades, en plus de s’accompagner de temps de chargement assez longs en cas d’échec et de quelques bugs de collision. On pourra aussi lui reprocher des animations particulièrement rigides et datées, y compris au niveau des expressions faciales qui sont dans l’ensemble très figées.

Verdict

The Medium est un jeu qui avait toutes les cartes en main pour nous offrir une expérience digne de ce nom. Malheureusement, c’est avec un sentiment plus qu’amer que l’on ressortira de ce périple en compagnie de Marianne. Alors que Bloober Team nous vendait un thriller psychologique et horrifique ambitieux, on se retrouve finalement avec une expérience des plus classiques qui a, de surcroît, bien du mal à convaincre à tous les niveaux. Entre son écriture survolée, son gameplay oscillant entre le classique dépassé et l’innovation inexploitée ou encore son rythme des plus mal maîtrisés, les occasions manquées font rage. Dommage, car les intentions de départ étaient pourtant aussi bonnes que prometteuses.

4 commentaires sur « TEST | The Medium : L’occasion manquée de Bloober Team »

  1. J’y croyais pourtant à ce jeu ! Mais ta critique renforce ce que j’ai pu en lire ici et là, un résultat un peu mitigé, pas tout à fait à la hauteur de son ambiance et de son atmosphère, malgré de beaux aspects. C’est très intéressant de voir en tout cas que le studio a puisé dans le contexte social et historique de son pays. Cela a de quoi nous dépayser et nous faire connaître autre chose. J’ai un peu écouté la BO, à défaut de pouvoir faire le jeu, je la trouve très sympathique. Après, si tout n’est pas à la hauteur… peut-être qu’ils ont trop fait dans l’hommage à certains survival horror, sans réussir à se renouveler comme ils l’ont plutôt bien fait avec leurs autres productions. C’est dommage ! Mais en tout cas je te remercie avec ce test de m’avoir permis de découvrir un peu plus le jeu et son univers, qui m’intriguent quand même beaucoup.

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    1. J’y croyais beaucoup aussi, surtout connaissant les précédents travaux de Bloober Team. C’est vraiment dommage. Et pour le coup ça m’inquiète d’autant plus que selon de récentes informations, ce sont eux qui sont en charge du prochain (ou en tout cas de l’un des prochains) opus de Silent Hill. Ça explique les quelques petites similitudes entre les deux jeux, mais j’espère que l’équipe va perfectionner sa formule parce que sinon, il y a des chances que la sauce ne prenne pas forcément.
      Comme d’habitude, merci à toi pour ton commentaire. Et je ne sais pas si tu auras l’occasion de le faire un jour mais dans tous les cas, si ça arrive, je serai très curieux de connaître ton avis à son sujet !

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    2. Oh làlà, avec Silent Hill ils se risqueraient à se frotter à un sacré truc ! A près, Layers of Fear était beaucoup plus silenthillesque, peut-être qu’ils se retrouveront dans un terrain qu’ils maîtrisent mieux, car ce sera pleinement Silent Hill. On verra bien, même s’ils sont derrière la barre d’un des épisodes, ce sera toujours intéressant à voir. Si un de ces jours je renouvelle mon pc (mais il est encore en forme pour l’instant), enfin, je pourrais jouer à Tell my why et The Medium, et aucun souci, je te donnerai mon avis ! 🙂
      D’ailleurs, on avait parlé de Little Hope, je l’ai fait cet opus : il est mieux construit que Man of Medam, je trouve, en revanche, il ne fait pas vraiment peur (bon, à part les jump scares, c’est automatique, je sursaute) mais il a un concept intéressant, peut-être plus travaillé et construit que Man of Medan. Mais malgré tout, ce n’est pas à la hauteur de Until Dawn, toujours pas..

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    3. On verra oui. Je reste curieux de voir ce que ça donnera malgré tout. On va leur laisser le bénéfice du doute, je pense qu’ils le méritent.

      On est d’accord pour Little Hope. Je n’ai pas vraiment eu peur non plus, excepté avec les jumpscares qui faisaient toujours leur petit effet malgré leur redondance. Mais clairement, Until Dawn reste indétrôné pour le moment.

      Aimé par 1 personne

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