Entre un changement de formule considéré par beaucoup comme un « retour aux sources » et deux remakes particulièrement réussis pour des épisodes phares de la franchise, Resident Evil n’a pas manqué de s’illustrer de bien belles manières au cours de ces quatre dernières années. Et les choses sont loin d’être terminées puisque le 7 mai dernier, Capcom nous offrait Resident Evil Village, la suite directe de Resident Evil 7: Biohazard, dont l’objectif est de pérenniser cette aura nouvellement retrouvée. Pour ce faire, une solution : écouter les fans et trouver un moyen de mixer la nouvelle formule à davantage d’éléments emblématiques de la série. Mais le défi a-t-il été relevé ? L’heure est venue de le découvrir.

Test réalisé sur PS5 grâce à un code fourni par l’éditeur

La tragédie d’Ethan Winters

Europe de l’Est, 2021. Plusieurs années ont passé depuis la tragédie survenue chez les Baker en Louisiane, aux États-Unis. Ethan et Mia Winters, qui ont miraculeusement réussi à sortir vivants de cet enfer, tentent désormais de reprendre une vie normale en compagnie de leur fille Rose, âgée de tout juste six mois, dans un coin éloigné du reste du monde. Mais c’est sans compter l’intervention de Chris Redfield, qui débarque subitement avec son commando afin d’assassiner Mia et de récupérer l’enfant devant un Ethan malheureusement impuissant. Après avoir perdu connaissance, ce dernier se réveille alors près d’un étrange village qui semble étonnamment avoir un lien avec le kidnapping de sa fille… en plus d’être en proie à des événements au moins aussi étranges que ceux qu’il a déjà vécus par le passé. Le cauchemar recommence.

Des liens et des boss

À l’image de son prédécesseur, Resident Evil Village semble bien décidé à bousculer les attentes. En plus de nous conter la suite directe des aventures du protagoniste de l’épisode précédent, une démarche à laquelle nous a peu habitué la série, Capcom va jusqu’à donner à l’un de ses héros emblématiques, à savoir Chris Redfield, un rôle pour le moins déconcertant. Et si l’approche narrative de Resident Evil 7: Biohazard avait largement de quoi dérouter dans le mauvais sens du terme, celle de ce nouvel opus s’impose au contraire comme une très bonne surprise à bien des niveaux. En effet, il apparaît de manière évidente que les remarques des fans ont été écoutées et l’on se retrouve ainsi à découvrir un récit d’une dizaine d’heures qui, tout en conservant le côté série B qui fait le charme de cette saga, ne manque pas de rebondissements, de prises de risque mais surtout de réponses.

Resident Evil 7 était trop détaché des autres épisodes ? Des liens sont désormais tissés. Certains éléments semblaient complètement invraisemblables ? Des explications sont désormais données. Cela ne conviendra probablement pas à tout le monde, notamment aux plus puristes, mais c’est définitivement ce que l’on attendait de cette suite. Pour autant, Resident Evil Village ne parvient pas toujours à s’éloigner des lacunes de son prédécesseur. À commencer par l’écriture d’Ethan Winters dont les interventions, qui restent assez peu nombreuses, sont toujours aussi affligeantes. On retrouve également le même modèle de narration, qui se veut extrêmement minimaliste tout au long du jeu avant d’exploser au cours de la dernière heure. Alors certes, cela rend le final particulièrement intense à vivre, mais ça reste tout de même plutôt dommage.

A contrario, ce nouvel opus a parfaitement réussi à conserver ce qui a toujours fait la force de cette série : proposer des antagonistes extrêmement percutants. Pour cause, à défaut de mettre en scène un héros charismatique – malgré des éléments scénaristiques pouvant drastiquement changer notre regard à son sujet –, Resident Evil Village peut se targuer de nous offrir son lot de grands méchants des plus mémorables. Et heureusement d’ailleurs puisqu’à l’image de Resident Evil 7, si ce n’est de manière plus accentuée encore, le rythme du jeu repose entièrement sur son casting : à chaque zone son nouveau boss et son changement d’ambiance. Grâce à cela, on se retrouve avec une aventure maîtrisant parfaitement sa copie du début à la fin, en variant constamment les approches sans jamais laisser le temps à un quelconque sentiment de redondance, de lassitude ou d’ennui s’installer.

L’héritage d’une saga

Le plus intéressant à ce sujet, c’est que cela tend à faire de cet opus celui qui parvient le mieux à faire évoluer son gameplay sans jamais trahir sa formule, ni même sa cohérence. Il réussit même le tour de force de proposer une mixité d’approches héritées des précédents opus de la saga, dont il tire à chaque fois les meilleurs éléments sans faire l’erreur de tomber dans la copie facile ou l’hommage forcé. Entre le château Dimitrescu qui s’impose comme l’héritage direct de Resident Evil premier du nom, la maison Beneviento et son ambiance à mi-chemin entre un Resident Evil 7 et un Silent Hills P.T. ou encore le Lac de Moreau et l’Usine d’Heisenberg qui ne sont pas sans rappeler Resident Evil 4 voire Resident Evil 5 par moments, on peut dire qu’on a affaire à un concentré plus que complet de ce qui se fait de mieux dans la série. Une chose souvent loin d’être aisée.

Pourtant, et quand bien même l’inspiration générale de Resident Evil 4 est omniprésente, cela n’empêche aucunement à Resident Evil Village de proposer un univers qui lui appartient et qui le distingue réellement de ses grands frères. Le bestiaire, qui est probablement l’un des aspects les plus déroutants du jeu, y est sans doute pour beaucoup. Cependant, alors que l’on aurait pu craindre que celui-ci ne tranche trop avec l’esprit de la série, il apparaît finalement comme une agréable surprise. Déjà parce qu’il propose davantage de diversité que celui de Resident Evil 7, qui était un véritable échec à ce niveau-là, mais aussi parce qu’il ne manque pas d’audace : lycans, zombies médiévaux, gargouilles, robots mécaniques, loups-garous et plus encore sont de la partie… Mais rassurez-vous, la présence de toutes ces créatures trouve bel et bien une explication logique.

Même pas peur

C’est sans doute le moment idéal pour faire une mise au point importante : si vous espérez revivre une expérience horrifique similaire à celle de Resident Evil 7, alors vous serez forcément déçu. Resident Evil Village, à l’exception d’une séquence en particulier, n’est pas un jeu qui fait peur ni même qui angoisse. L’accent de cet opus a de nouveau été mis sur l’action, avec des affrontements qui se veulent plus réguliers et surtout plus dynamiques qu’en 2017. Néanmoins, il est important de le préciser : cela n’en fait pas un jeu de tir similaire à Resident Evil 5, en tout cas pas avant sa partie finale. Ce nouvel opus reste, dans sa grande majorité, un jeu qui aime soigner son ambiance, et qui le fait très bien. Malgré tout, le côté survie se veut moins présent, la faute à une quantité de ressources plus abondante et à une difficulté moins appuyée que dans l’épisode précédent (en mode Standard).

Une nouvelle (r)évolution

En ce qui concerne le gameplay dans son ensemble, le titre reprend évidemment la nouvelle direction introduite avec l’opus de 2017 : on reste ainsi en vue à la première personne, avec un Ethan toujours quelque peu lourdaud à diriger. Cependant, Resident Evil Village arrive avec une série de nouveautés qui viennent peaufiner la formule initiée dans Resident Evil 7, en reprenant notamment quelques éléments provenant de Resident Evil 4. Par exemple, en plus de se protéger, il est désormais possible de repousser ses ennemis en cas de contre réussi afin de gagner un peu de temps. Le système de craft évolue quant à lui pour proposer un système moins contraignant, qui permet d’accumuler les ressources (herbes, fluides, poudres, matériaux, etc.) dans un espace dédié hors inventaire afin de se crafter des soins, des munitions mais aussi des objets explosifs.

Toujours avoir un inventaire bien rangé

L’inventaire, qui a été complètement revu pour l’occasion, apparaît désormais sous forme de valise à organiser soi-même, tout comme dans l’épisode sorti en 2005. On a donc la possibilité de l’agrandir à plusieurs reprises afin de pouvoir transporter l’ensemble de son équipement (armes, munitions, soins, etc.), sachant que les coffres ont été supprimés et que les objets clés ne sont plus pris en compte. Mais par-delà l’inventaire, la plus grosse mécanique provenant de Resident Evil 4 dont hérite cet opus est le système de marchand, qui fait son grand retour sous la forme d’un nouveau personnage : Le Duc. Et là aussi, quelques nouveautés sont au programme. Dans un premier temps, il est possible d’y acheter divers éléments tels que des armes, des munitions, des soins, des plans de confection et des modificateurs d’armes ; mais aussi évidemment d’y améliorer ses propres équipements.

Bien sûr, pour que cela fonctionne, Resident Evil Village a dû réintroduire le système de loot. De ce fait, il est de nouveau possible de mettre la main sur de l’argent et divers trésors à revendre au cours de notre exploration, ou bien à l’issue de nos combats contre les différents ennemis qui laisseront toujours un petit quelque chose avant de disparaître. Néanmoins, arrivé à une certaine partie du jeu, il devient également possible d’accéder au service de cuisine du Duc, qui permet quant à lui d’améliorer directement les capacités d’Ethan (santé, résistance, vitesse). Et pour ce faire, il faut chasser. Cela nécessite donc de se promener au cœur du village afin de trouver les différents animaux qui y rôdent, et de les tuer pour en récupérer la viande. Une nouvelle mécanique qui a été intelligemment introduite, de sorte qu’elle apparaît efficace sans être trop contraignante non plus.

Le Duc propose différents services

L’exploration du village constitue d’ailleurs à elle-même l’une des nouveautés de gameplay de cet opus. Pour cause, en prenant plus ou moins la forme d’un hub, ce dernier représente le lien entre les différentes sections du jeu et peut ainsi être exploré à de multiples reprises au fil de la progression. Chaque nouveau passage propose alors son lot de nouvelles zones à découvrir, avec ses avantages et ses inconvénients. Si cela n’est aucunement imposé pour pouvoir avancer dans l’histoire, il est tout de même vivement recommandé de jouer le jeu afin de mettre la main sur de précieuses ressources qui pourront être d’une grande utilité par la suite. Et le point positif dans cette histoire, c’est que grâce à la taille plus que raisonnable de l’aire de jeu, le processus s’intègre de manière parfaitement fluide au rythme de l’aventure.

À la conquête de l’Est

Sur le plan technique, le titre se situe dans la lignée directe de ses prédécesseurs en bénéficiant lui aussi du moteur maison de Capcom : le RE Engine. Ce dernier, qui a déjà largement fait ses preuves dernièrement avec Resident Evil 2 (2019) et Resident Evil 3 (2020), continue donc sans surprise de faire des merveilles. Toutefois, si Resident Evil Village reste impressionnant de réalisme et de beauté dans le cadre des environnements intérieurs, il montre parfois quelques limites dès que les lieux sont en extérieur, et donc plus ouverts et lumineux. Heureusement, sa direction artistique est constamment là pour nous faire oublier ce petit détail, au même titre que sa bande-son qui mise sur le même minimalisme que Resident Evil 7 pour nous immerger autant que possible dans l’univers du jeu… même si on aurait aimé la présence de quelques thèmes marquants de temps à autres.

Verdict

Avec Resident Evil 7: Biohazard, Capcom renouvelait sa formule avec une proposition dont le succès a été indéniable, bien qu’à double tranchant pour les fans. Avec Resident Evil Village, le studio peaufine et perfectionne sa copie en tentant de trouver le compromis parfait entre l’héritage de la franchise et la modernité de son nouveau départ. Résultat : c’est une véritable réussite. Corrigeant presque tous les défauts majeurs de son prédécesseur, ce nouvel opus s’offre à nous avec une proposition audacieuse, ambitieuse et personnelle qui s’avère être un mix parfait de tout ce que la licence a déjà pu proposer de mieux par le passé. On attend désormais plus qu’une chose : la suite.

4 commentaires sur « TEST | Resident Evil Village : Le compromis parfait entre héritage et modernité ? »

  1. J’ai vraiment hâte de tester cet opus, même s’il faudrait que je refasse, au minimum, le 7, avant. De plus, ne faudrait-il pas mieux attendre la PS5 ? Je suis ravie de voir qu’il concilie les ingrédients connus et de l’inédit, tout en proposant une expérience peut-être pas très effrayante, mais avec une belle ambiance. Le lore et le bestiaire m’attirent beaucoup. Quant à Ethan… Ce n’est pas parce que c’est un FPS, qu’ils devaient le priver de toute apparence ou personnalité, le pauvre^^ Merci pour ton test !

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    1. Si jamais tu n’as pas envie/le temps de refaire RE7, sache que Village te propose de découvrir un résumé complet narré par Ethan au moment où tu lances le jeu. C’est très pratique.

      Pour savoir s’il faut attendre la version PS5, je t’avoue que je ne sais pas trop quoi te répondre. De ce que j’ai entendu, la version PS4/PS4 Pro s’en sort plutôt bien, même si elle est évidemment moins belle que la version PS5. Mais concrètement, cette dernière n’apporte rien de plus que de meilleures graphismes, et l’utilisation des gâchettes adaptatives pour les armes.
      Pour le reste, je pense que le jeu pourra effectivement te plaire. L’ambiance est vraiment travaillée sans être effrayante (à l’exception d’une seule sur l’ensemble du jeu), et il y a de très bonnes choses au niveau du lore et du bestiaire… même si effectivement, Ethan est définitivement malmené par Capcom en termes d’écriture haha.

      Merci à toi pour ton passage et ton message ! 🙂

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  2. Une fois n’est pas coutume, ton article décrit merveilleusement bien le monde de ce nouveau Resident Evil ! J’avais été très intriguée par la première bande annonce avec une atmosphère quasiment gothique, mais le déchaînement autour de Lady Dimitrescu m’a un peu refroidie (d’autant que j’adore les mythes de vampires, si elle en est bien une). Cependant, je pense que j’y jouerai, et ça me rassure de voir qu’ils ont essayé de donner de la variété tant dans les zones parcourues, que dans le gameplay, face aux ennemis, ou même dans la manière de renforcer le personnage. Ethan n’a vraiment pas de chance quand même ! Mais je suis aussi contente de voir que pour toi, cela t’a permis un retour aux Resident Evil que tu apprécies les plus, et de voir l’influence de toute la saga sur ce dernier opus. Un hommage-apothéose !

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    1. Merci infiniment, comme toujours ! 😊

      Effectivement, c’est assez surprenant de voir que Capcom a littéralement axé toute la communication du titre sur Lady Dimitrescu, qui ne représente pourtant qu’un quart du jeu. Ça peut être trompeur (et décevant) pour certains, mais d’un autre côté ça garde de la surprise pour les autres personnages qu’on découvre presque totalement pour alors.
      Cela dit, eux-mêmes ne s’attendaient clairement pas à ce que les joueurs réagissent autant face à Lady Dimitrescu, donc je pense que ça a complètement bouleversé la campagne promotionnelle qu’ils avaient prévu à l’origine.

      Pour la question de savoir si c’est réellement un vampire ou non… Je ne dirai rien haha, je te laisse la joie de le découvrir par toi-même. Je serai, comme toujours, très curieux d’avoir ton ressenti sur le jeu ensuite, d’ailleurs. Je n’irai peut-être pas jusqu’à dire que c’est un « hommage-apothéose », même si j’ai beaucoup d’affect pour cet opus après l’écart RE7, mais c’est en tout cas un très bel hommage à la série, c’est certain !

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