Depuis son annonce à l’E3 2019, Deathloop a suscité beaucoup d’intérêt de la part des joueurs. Il faut dire qu’à partir du moment où le nom d’Arkane Lyon a été associé au projet, certains n’avaient plus qu’une seule chose en tête : l’envie de découvrir le nouveau jeu des créateurs de Dishonored. Et si la promotion particulièrement soutenue du titre aura pu en lasser certains, d’autres, au contraire, ont vu leur impatience grandir au fil du temps. Une impatience mise à mal par plusieurs reports mais qui est arrivée à son terme le 14 septembre dernier, date à laquelle le titre est enfin sorti sur PS5 et PC. Maintenant, comme le diraient les Éternalistes de Blackreef : l’heure est à la fête !

Test réalisé sur PS5 grâce à un code fourni par l’éditeur

« I think we’re running on a loop… déjà vu »

Vous reprendrez bien un peu de boucle temporelle, n’est-ce pas ? Après Returnal, The Forgotten City et 12 Minutes, c’est au tour de Deathloop de nous plonger dans ce phénomène qui a décidément le vent bien en poupe en cette année 2021. L’histoire débute lorsque Colt Vahn, le personnage que l’on incarne, se réveille sur une plage lors d’une belle matinée. Le problème, c’est qu’il n’a plus aucun souvenir : il ne sait plus qui il est, ni où il est. L’objectif va donc être d’explorer les lieux pour comprendre ce qui s’y passe. Rapidement, il va faire la rencontre d’une certaine Julianna Blake, qui va se faire un malin plaisir de lui rafraîchir la mémoire de manière très énigmatique… avant de l’assassiner. Colt se réveille alors sur la même plage, avec ses nouveaux souvenirs toujours en tête. Il comprend qu’il est bloqué dans une boucle temporelle. L’enquête peut débuter.

Une vue agréable pour un réveil difficile

Voilà ce qui constitue la première phase de la longue introduction du jeu, qui s’étend sur plus ou moins trois heures. Par la suite, Arkane Lyon nous plonge au cœur d’une première boucle relativement dirigiste destinée à nous présenter les mécaniques de gameplay tout en dévoilant progressivement ce qui sera l’objectif majeur de l’aventure. En effet, il s’avère que Colt se trouve sur une île appelée Blackreef où AEON, une mystérieuse société, a appris à utiliser le phénomène de boucle temporelle à son avantage pour en faire un lieu de fête sans lendemain. Pour y mettre un terme, il va donc devoir trouver et tuer huit personnes se faisant appeler les Visionnaires, qui ne sont autre que les têtes pensantes de ce projet. La difficulté, c’est qu’il va toutefois falloir réussir à le faire en une seule journée. Et c’est précisément sur ce point que repose tout le concept du jeu.

Connais ton ennemi

Au début de l’aventure, il est évidemment impossible d’y arriver dans le sens où chaque personne présente sur l’île suit un planning bien défini tout au long de la journée. Cela nécessiterait par conséquent d’être à plusieurs endroits au même moment. Mais une fois que ces bases nous ont été exposées, le studio nous laisse entièrement libre dans notre approche. Et c’est lorsque l’enquête est placée entre nos mains que l’univers de Deathloop révèle non seulement tout son potentiel, mais aussi et surtout sa richesse, puisque force est de constater qu’Arkane Lyon n’a pas fait dans la demi-mesure. Au fil de notre exploration, on découvre rapidement que Blackreef est un lieu chargé d’histoire où aucun détail, même celui qui semble le plus insignifiant en apparence, n’a été laissé au hasard.

Julianna est un personnage très charismatique

Chaque nouvelle boucle apparaît ainsi comme une opportunité supplémentaire de mettre la main sur tout un tas de documents écrits et audio, de découvrir certains événements importants ou de surprendre des conversations intéressantes qui, mis bout à bout, permettront de mettre en place tous les rouages en vue de l’objectif final. Et en dépit d’une narration qui, concept oblige, se fait essentiellement en filigrane, on se prend très rapidement au jeu avec l’envie d’en découvrir davantage sur les lieux, ses habitants et tout ce qui s’y passe. Deathloop brille également par le charisme de ses deux protagonistes, Colt et Julianna, dont la relation de type « je t’aime moi non plus » est sincèrement agréable à suivre tout au long de l’aventure. Dommage que l’ensemble se termine sur un dénouement aussi précipité qu’avare en révélations, et donc sur une touche de déception.

Heureusement, cela ne rend pas le voyage moins intéressant pour autant et on ne peut que saluer l’approche adoptée par le studio pour rendre l’enquête aussi fluide et satisfaisante que possible malgré l’utilisation de la boucle temporelle. Dans le cas présent, il n’y a jamais de retour en arrière d’une boucle à l’autre : toute information récupérée est conservée et soigneusement consignée dans le tableau des pistes, qui se veut d’une ergonomie impressionnante malgré la quantité de données affichées. De quoi nous permettre de déterminer ce qu’on a fait et ce qu’il nous reste à faire en un coup d’œil. Néanmoins, cela n’empêche pas à Deathloop de souffrir d’une certaine répétitivité durant ses dernières heures, alors que l’on réunit les ultimes indices et que peu de choses inédites restent à découvrir. Un mal sans doute assez difficile à éviter pour un tel jeu, qui propose tout de même 15 à 20h de durée de vie.

La liberté, partout, tout le temps

Pourtant, il est clair que tout a été fait pour éviter au maximum que cela ne se produise. Dans la forme, le jeu est découpé en quatre zones, à raison d’une par moment de la journée (matin, midi, après-midi et soir). Une fois l’introduction terminée, le joueur peut alors décider à sa guise où il souhaite aller et quand il souhaite y aller en fonction des différentes pistes et indices dont il dispose. À noter qu’il est tout à fait possible de passer certains moments de la journée si l’on veut se concentrer sur un objectif en particulier, et que rien n’empêche de se rendre plusieurs fois au même endroit au cours d’une même boucle. Chaque zone peut ensuite être explorée librement sans limite de temps, ce qui permet de ne pas trop se mettre la pression pour faire tout ce que l’on peut avoir à faire contrairement à des jeux comme 12 Minutes ou Outer Wilds.

Si chacune des zones se révèle finalement assez petite en termes de superficie, cela suffit toutefois à générer un certain sentiment de perdition lors des premières visites. Mais dans Deathloop, tout est fait pour pousser le joueur à apprendre à maîtriser son environnement de lui-même, quand bien même l’objectif est clairement identifié à un endroit précis. De ce fait, d’une boucle à l’autre, il ne faut jamais hésiter à explorer toujours différemment afin de trouver de nouveaux indices, mais aussi de potentiels raccourcis, lieux sûrs, spots intéressants et plus encore. Surtout quand on sait que chaque zone a des choses différentes à offrir en fonction du moment de la journée où on s’y rend. Par exemple, certains lieux inaccessibles le matin le deviendront l’après-midi. Dans d’autres cas, il sera parfois nécessaire d’effectuer une action précise à un moment donné pour que cela ait une influence ultérieurement, que ce soit dans la même zone ou dans une autre.

En résumé, le jeu d’Arkane Lyon se veut aussi riche du point de vue de son level design que de son background, et ce ne sont pas les choses à faire qui manquent au cours de l’aventure. D’ailleurs, même si toutes les zones apparaissent séparées les unes des autres, elles sont en réalité toujours plus ou moins connectées d’une manière ou d’une autre. Et comme nous avons pu le souligner plus haut, le joueur reste entièrement libre d’adopter l’approche qu’il désire à tous les niveaux. Cela vaut donc également pour les affrontements avec les Éternalistes et les Visionnaires arpentant les lieux, qui peuvent se faire en totale infiltration, en attaque frontale ou avec un mix des deux. Tous les cas de figure sont viables et encore une fois, le level design a été méticuleusement étudié pour que tout fonctionne à n’importe quel moment.

Ça tourne pas rond là-haut

Malheureusement, aussi convaincants soient-ils dans la forme, les combats restent probablement le point le plus décevant du jeu, et cela ne tient qu’à une seule chose : l’intelligence des ennemis. Deathloop s’accompagne en effet d’une IA à géométrie extrêmement variable qui frise allègrement la catastrophe, au point parfois de nuire à l’immersion. Difficile de rester dedans lorsque l’on passe sous les yeux d’un ennemi sans qu’il ne nous détecte ou que l’on assassine l’un de ses camarades devant lui sans qu’il ne réagisse. A contrario, il est particulièrement frustrant d’être repéré alors qu’une grande distance, de la hauteur voire même un mur nous séparent d’eux. Sans oublier le système de script qui cantonne certains adversaires à une zone bien précise, ce qui nous permet de l’utiliser à notre avantage pour faire le ménage facilement. Dommage.

Une petite infusion et ça repart

Arkane Lyon semble pourtant avoir cherché à mettre l’emphase sur cette partie du gameplay, en témoigne le système de personnalisation de l’équipement destiné à permettre à chacun d’opter pour son propre style de jeu et d’en changer à volonté. Encore une fois, la liberté d’approche avant tout. Au fil de la progression, on peut ainsi mettre la main sur de nombreuses armes (magnum, mitrailleuse, fusil à pompe, sniper, etc.), des modules (pouvoirs spéciaux à récupérer sur les Visionnaires) et des breloques (attributs d’armes et de personnage) qu’il est possible d’équiper au départ de chaque nouvelle zone. Tout cela vient alors compléter l’équipement de base de Colt, à savoir une machette, quelques grenades, un Hackmajig (qui sert à pirater les objets électroniques) et un module de reprise (qui permet de mourir deux fois avant l’échec définitif). Et au début, tout cela fonctionne bien puisqu’à l’instar de Returnal, on perd tout cet équipement au démarrage de chaque nouvelle boucle. Les enjeux sont donc présents.

Les armes comme les breloques disposent de différents niveaux, mais on obtient (trop) rapidement des équipements de meilleure qualité au cours de l’aventure

Mais contrairement à ce dernier, cela ne dure tout au plus qu’une poignée d’heures. Pour cause, le jeu nous offre rapidement la possibilité d’infuser nos équipements avec du Résiduum, une ressource permettant de les conserver d’une boucle à l’autre. Le problème, c’est qu’on en trouve un peu partout. C’est pourquoi on en arrive très vite à conserver la quasi-totalité des armes et équipements que l’on récupère sur le terrain. De ce fait, cela finit par diminuer l’intérêt que l’on peut avoir à partir à la chasse aux armes et aux breloques, tout en sachant qu’on en fait de toute façon assez vite le tour. Seule la chasse aux modules peut continuer à valoir le coup dans le sens où ils nous permettent d’obtenir des atouts non-négligeables comme la téléportation, l’invisibilité, la télékinésie et plus encore. Et pour ce faire, il faut affronter les Visionnaires encore et encore afin de pouvoir les améliorer, ce qui est loin d’être aussi insurmontable qu’il n’y paraît.

Julianna est dans la place

À ce sujet, il faut savoir que Julianna peut elle aussi pointer le bout de son flingue dans les moments où Colt se rapproche un peu trop d’un Visionnaire. Ses interventions restent cependant aussi aléatoires qu’imprévisibles, ce qui permet d’ajouter un peu de tension car cela nous force à rester à l’affût dès lors que le jingle de son entrée se fait entendre. Elle représente d’ailleurs un moyen supplémentaire d’obtenir ou d’améliorer ses modules, sachant qu’elle n’est pas plus difficile à tuer qu’un autre Visionnaire. Point intéressant, Deathloop nous offre également la possibilité d’incarner Julianna pour découvrir l’envers du décor. Cela nécessite toutefois le jeu en ligne puisqu’il s’agit d’envahir la partie d’un autre joueur incarnant Colt pour tenter de l’arrêter personnellement. S’il n’y a aucune différence particulière côté gameplay à l’exception d’une vie unique, cela reste une possibilité amusante. Bien sûr, si vous aussi vous souhaitez affronter un vrai joueur plutôt qu’une IA, vous pouvez également ouvrir les portes de votre partie pour qu’un inconnu vienne se mesurer à vous.

Deathloop offre la possibilité d’incarner Julianna et d’envahir la partie d’un autre joueur… ou de voir un autre joueur envahir la sienne

Soirée Kitch

Après avoir mis en lumière l’époque victorienne dans les Dishonored, Arkane Lyon change ici complètement de registre en se tournant vers les années 1960. Et si Deathloop n’est pas forcément la claque attendue pour une exclusivité PS5 et PC, il n’en reste pas moins un jeu doté d’une direction artistique réellement exceptionnelle de bout en bout. C’est coloré, c’est tape-à-l’œil, c’est parfois kitch, mais toujours avec un grand sens du détail et c’est cela qui permet à l’univers du jeu de se distinguer de n’importe quelle autre production. Précisons que nous avons fait le jeu en mode Performance (4K dynamique en 60 FPS mais sans ray-tracing) et que l’expérience s’est effectivement révélée d’une fluidité sans faille. Dommage que quelques bugs plus ou moins embêtants (menu bloqué, textures clignotantes, crash) aient également été de la partie, en tout cas durant les premières heures.

D’un point de vue audio, le titre s’accompagne d’une très belle bande-son signée Tom Salta et Ross Tregenza, qui nous immerge bien comme il faut dans l’univers branché de Blackreef tout en restant relativement discrète. De son côté, la version française du jeu se veut d’excellente facture malgré quelques chevauchements dans les dialogues entre Colt et Julianna. Néanmoins, il faut avouer que la déception est quelque peu présente concernant l’utilisation de la DualSense, qui a été plus que survendue lors de la promotion du jeu. Si elle est effectivement exploitée tout au long de l’aventure, notamment avec la voix de Julianna qui sort du haut-parleur ou avec l’activation des gâchettes adaptatives lors de l’utilisation de l’arsenal, le tout est loin d’être transcendant. Surtout au niveau des armes, où les sensations restent finalement assez similaires de l’une à l’autre. Quant aux retours haptiques, ils sont si légers qu’on ne les ressent presque pas.

Verdict

Alors, que faut-il retenir de ce passage à la fête sans fin organisée sur l’île de Blackreef ? Beaucoup de positif, assurément. Comme on pouvait s’y attendre, Arkane Lyon nous livre avec Deathloop une aventure solide qui parvient à s’approprier le concept de boucle temporelle pour nous offrir une expérience à la fois personnelle et unique en son genre. Deux protagonistes charismatiques, une enquête finement réalisée, un gameplay grisant et un level design d’une flexibilité absolue, voilà les ingrédients qui font la réussite de ce jeu. Malheureusement, Deathloop souffre également d’une certaine répétitivité, d’une IA déplorable et d’une utilisation décevante de certaines de ses mécaniques. Et si cela ne l’empêche aucunement d’être un très bon jeu, il ne parvient toutefois pas à s’imposer comme le véritable hit qu’il aurait pu être.

2 commentaires sur « TEST | Deathloop : Une journée sans fin pour boucler son enquête »

  1. Pour ce jeu qui ne m’avait jamais trop intéressée, le fait que tu en parles avec toujours autant de détail, en présentant les concepts, revirements et même spécificité (le mode spécial à Julianna semble très sympa !) fait revoir Deathloop sous un autre oeil ! C’est dommage que les quelques défauts l’empêchent d’être un excellent jeu. Avais-tu fait les Dishonored ? Et si oui, tu les conseilles ?
    Je me répète mais tes tests sont toujours d’une clarté remarquable et ça les rend on ne peut plus agréables !

    Aimé par 1 personne

    1. Tout d’abord, un immense merci une nouvelle fois pour ton commentaire et surtout pour ton mot concernant mes tests. Je fais toujours de mon mieux pour essayer d’être le plus exhaustif possible sans rendre le tout trop lourd non plus, et ça me rassure toujours de lire des choses comme ça. ☺️

      Pour répondre à ta question, malheureusement non, je n’ai jamais fait les Dishonored. C’était mon premier jeu Arkane mais pour le coup, ça m’a rendu d’autant plus curieux de les découvrir étant donné que j’en ai entendu beaucoup de bien et que j’ai quand même bien aimé la proposition de Deathloop. Dès que j’aurais un peu de temps, je profiterai du Game Pass pour les découvrir.

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s