Quatorze ans. C’est le temps qu’il aura fallu à l’adaptation cinématographique d’Uncharted pour voir le jour. Évoqué pour la première fois en 2008, le projet a connu une longue et difficile gestation, ponctuée par de nombreux changements de direction mais surtout de réalisateurs au fil des ans. Il faudra attendre 2020 pour que la situation finisse enfin par se stabiliser, avec Ruben Fleischer (Bienvenue à Zombieland, Venom) derrière la caméra et le duo Art Marcum et Matt Holloway à l’écriture. Mais la victoire était loin d’être assurée pour autant.

Le passé des adaptations de jeux vidéo au cinéma étant ce qu’il est, c’est avec une crainte non dissimulée que les fans de licence ont appréhendé ce projet, produit sans implication directe de la part de Naughty Dog. Et ce n’est pas le synopsis, qui fait le choix de revenir sur les jeunes années de Nathan Drake (Tom Holland) et Victor Sullivan (Mark Wahlberg), qui a aidé à rassurer. À quelques jours de sa sortie officielle dans les salles obscures, prévue pour le 16 février 2022 en France, j’ai eu la chance de découvrir Uncharted en avant-première lors d’une séance spéciale organisée par Sony pour la presse. Verdict ?

Une adaptation spectaculaire bourrée d’hommages

Uncharted est une bonne surprise. On pourrait même aller plus loin et dire que c’est une excellente surprise. Passer après Naughty Dog et ses cinq excellents titres ayant contribué à renouveler le genre de l’action-aventure dans le monde du jeu vidéo était un exercice difficile, pour ne pas dire assez dangereux. Voir le projet patiner pendant plus d’une décennie avait de quoi inquiéter. Au même titre que les différentes bandes-annonces, qui pouvaient laisser craindre qu’Uncharted soit, certes, une production efficace, mais surtout un film usant et abusant du fan service pour justifier un nom pour lequel il n’est pas du tout à la hauteur. Heureusement, le résultat est tout autre.

Pendant près de deux heures, Ruben Fleischer nous offre un film d’action-aventure extrêmement bien rythmé et sans le moindre temps mort. Sans pour autant atteindre le niveau de qualité d’un Naughty Dog, ce qui est évidemment impossible à faire en si peu de temps, Uncharted nous en met plein les yeux avec des scènes d’action aussi effrénées que spectaculaires, entrecoupées par des dialogues bourrés d’humour et de punchlines bien senties (du moins en VO). De ses combats à la chorégraphie parfaitement millimétrée à sa mise en scène proposant une réalisation de haute volée, on est finalement très loin de l’adaptation cheap digne d’un mauvais fan film que l’on pouvait craindre.

Les fans de la franchise apprécieront tout particulièrement les nombreuses références faites aux jeux, avec des scènes qui sont parfois directement reprises de ces derniers, tout en étant réadaptées pour les besoins du scénario. On pense notamment à la célèbre scène de l’avion, reprise d’Uncharted 3: L’Illusion de Drake, mais aussi à celle des enchères, vue dans Uncharted 4: A Thief’s End. Et ce ne sont pas les seules, mais nous garderons les autres sous silence afin de conserver la surprise. Néanmoins, à vouloir trop en faire, le film peut avoir tendance à tomber dans la surenchère. Un point que l’on peut peut-être pardonner à un jeu vidéo, mais qui passe tout de suite un peu moins bien au cinéma. Comme quoi, parfois, tout n’est pas bon à retenir dans une adaptation.

Une réinterprétation respectueuse

Comme évoqué précédemment, contrairement aux jeux, Uncharted entend mettre en avant une version plus jeune de Nate et Sully, qui vivent alors leur première aventure ensemble. Pour autant, attention à ne pas s’y tromper : ce dernier n’est pas pensé pour être un préquel mais bien pour réinterpréter l’univers créé par Naughty Dog. Pour preuve, le film de Fleischer reprend une grande partie des éléments narratifs d’Uncharted 3 et Uncharted 4, auxquels il ajoute parfois quelques touches issues d’Uncharted 2: Among Thieves et Uncharted: Drake’s Fortune, qu’il réécrit à sa manière afin de les intégrer à sa propre vision de la licence. Un défi extrêmement risqué qui, pourtant, a été relevé haut la main dans le cas présent.

Tout en multipliant les clins d’œil aux jeux, dont il a définitivement réussi à capter l’essence, Uncharted nous plonge ainsi dans une chasse aux trésors haletante voyant Nate et Sully, alors accompagnés de la belle Chloe Frazer (Sophia Taylor Ali), partir sur les traces du célèbre explorateur portugais Fernand de Magellan. Bien sûr, ils ne sont pas les seuls puisque d’autres amateurs de richesses anciennes, à savoir Moncada (Antonio Banderas), Braddock (Tati Gabrielle) et leurs hommes, espèrent bien être les premiers à mettre la main dessus. Un bien beau casting donc, qui nous livre une performance solide pour un scénario tout aussi solide.

Toutefois, malgré tout le positif que l’on peut retenir de ce film, on peut difficilement s’empêcher de regretter le choix des scénaristes de vouloir proposer une sorte d’origin story qui, dans le fond, était loin d’être indispensable. Encore plus lorsque l’on constate que, malgré l’excellente performance livrée par Tom Holland, le personnage de Sully incarné par Mark Wahlberg reflète davantage la personnalité et l’essence de Nathan Drake que Nate lui-même. Mais cette belle opportunité manquée reste heureusement loin de gâcher le résultat qui, on l’espère, sera davantage peaufiné dans une suite potentielle. D’ailleurs, à ce sujet, n’hésitez pas à rester dans la salle pendant le générique de fin…

Verdict

En résumé, le film Uncharted est une excellente surprise et s’impose même comme une adaptation presque idéale. Le genre d’adaptation qui ose prendre des risques, qui ose prendre des libertés, mais toujours avec un grand respect pour le matériau original et sans jamais tomber dans le fan service de bas étage. Ainsi, non seulement la recette de Fleischer a tous les ingrédients pour plaire aux fans des jeux de Naughty Dog, mais elle représente aussi un excellent point d’entrée pour les non-initiés, qui vont pouvoir découvrir le monde de Nathan Drake avec une production des plus réussies.

4 commentaires sur « CRITIQUE | Uncharted (film) : La grandeur de Nathan Drake aussi sur grand écran ? »

  1. A force d’être déçus par les adaptations de jeux vidéo, ne sommes-nous pas trop vite agréablement surpris ? C’est une question que je me pose car j’ai bien moins été réceptive au film que toi. Il est vrai que, à ton inverse, je ne peux pas me qualifier de fan de la licence. J’y ai finalement peu joué et même si j’ai bien aimé le premier jeu, je suis certainement passée à côté de nombreuses références. En tout cas, je n’ai pas souri une seule fois (je précise que je l’ai vu en VF) et je n’ai pas trouvé le scénario si solide. La chasse au trésor et les énigmes étaient très convenues, et les scènes d’action, en dehors de l’arc final, n’ont pas réussi à rendre le film moins ennuyeux à mes yeux. Ceci étant dit, je partage mon point de vue dans le seul but d’en discuter. Je suis ravie que le film t’ait plu et que tu aies eu l’occasion de le voir dans ces conditions !

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    1. Ce n’est pas impossible, mais dans ce cas je ne me sens pas réellement concerné étant donné que j’ai toujours été assez ouvert d’esprit concernant les adaptations. J’ai cette capacité à les prendre et à les accepter pour ce qu’elles sont, sans forcément chercher à les mettre en rapport avec les jeux. C’est bien pour ça que tout en ayant conscience que les adaptations de Resident Evil sont aussi nanardesques que peu respectueuses des jeux, j’y ai toujours trouvé mon compte en tant que bon divertissement. Cela dit, je peux totalement comprendre le point de vue inverse, à savoir que ça ne plaise pas du tout. Tout dépend des attentes que l’on y met.

      C’est dommage que tu n’aies pas adhéré au film, et en effet, peut-être que le fait que tu n’aies pas joué aux jeux a un petit rôle là-dedans. Quand on regarde les critiques, c’est vrai que ce sont plutôt les fans de la licence qui ont été agréablement surpris que les autres qui, avec un regard totalement neutre, n’y ont vu qu’un film d’action-aventure relativement lambda. Et c’est normal parce que dans le fond, c’est un peu ce qui définit ce film.
      Pour autant, même si on n’y retrouve pas totalement la patte si unique de Naughty Dog, ce qui est impossible à faire sur un laps de temps aussi court, ça reste tout de même assez respectueux du matériau original. Et en ça, je pense que c’est déjà une petite victoire.
      Après, je n’ai pas vu le film en VF (je m’y refuse à cause du fait que la voix de Sully est celle de Nate dans les jeux, c’est trop perturbant haha), mais rien qu’aux trailers j’ai déjà pu voir qu’une des blagues tombait complètement à l’eau. Alors je ne jugerai pas la totalité du film sur ça puisque je n’en sais rien, mais ça n’a peut-être pas aidé non plus.

      Merci en tout cas pour ton retour, tu sais que c’est toujours un plaisir d’échanger avec toi ! 🙂

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    2. D’ailleurs, je ne sais plus si on en a parlé… As-tu vu le dernier Resident Evil ? Je confirme qu’il y a au moins une vanne qui m’a provoqué un facepalm en vf, ahah. Je t’en prie et au plaisir !

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    3. (Désolé pour la réponse très tardive)

      Effectivement, je ne crois pas qu’on en ait parlé mais oui, je l’ai vu. Et c’est là que tu verras que je suis plutôt bon public parce que je ne l’ai pas détesté dans l’ensemble, même s’il y a certains trucs avec lesquels j’ai eu énormément de mal. Je pense surtout au non-respect absolu fait au personnage de Leon et au côté mielleux de Wesker, parce que je veux bien être bon public mais il y a des limites. 😂
      Mais je crois que tu as écrit un article à ce sujet, donc je vais aller lire ça. J’ai de la lecture à rattraper sur ton blog !

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