Que de chemin parcouru par Asobo Studio en l’espace de quelques années seulement. Depuis la sortie du très apprécié A Plague Tale: Innocence, le studio bordelais n’a cessé d’accroître sa popularité auprès des joueurs. Et après avoir passé les deux dernières années la tête dans les nuages avec Microsoft Flight Simulator, l’heure est venue pour lui d’offrir une suite aux aventures d’Amicia et Hugo de Rune, qui ont récemment fait leur grand retour dans A Plague Tale: Requiem. Mais ce nouvel opus parvient-il réellement à transformer l’essai de son prédécesseur ? Retour au Moyen-Âge pour le découvrir.

Test réalisé sur PS5 grâce à un code fourni par l’éditeur

Le retour du mal

Six mois ont passé depuis les événements d’A Plague Tale: Innocence. Amicia et Hugo tentent désormais de retrouver une vie paisible vers le sud du Royaume de France, loin du chaos laissé en Guyenne avant leur départ. Malheureusement, après plusieurs semaines d’accalmie, la maladie dont souffre le petit garçon refait subitement surface en semant la mort et la destruction partout autour de lui. Dans ses rêves, Hugo semble cependant avoir trouvé l’objet de son salut : une mystérieuse île sur laquelle se trouverait une eau capable de mettre un terme à cette malédiction. Raccrochée à cet unique espoir, la famille De Rune se lance ainsi dans un nouveau voyage au cours duquel elle devra une nouvelle fois parvenir à se frayer un chemin entre des hordes de rats mortelles et l’armée de l’Inquisition, bien décidée à les arrêter coûte que coûte.

La fin de l’innocence

S’il y a bien une chose qui saute rapidement aux yeux lorsque l’on se lance dans l’aventure A Plague Tale: Requiem, c’est l’influence qu’a pu avoir le travail de Naughty Dog sur les équipes d’Asobo Studio. À l’instar de The Last of Us Part II, cette suite entend véritablement marquer une tournure dans l’histoire d’Amicia et Hugo, que l’on voit progressivement perdre pied face à une situation sur laquelle ils n’ont pas le moindre contrôle. Rongés par la peine et par la colère, tous deux troquent peu à peu leur innocence du premier opus au profit d’une escalade vertigineuse de la violence, mise en scène dans un récit dont la tonalité se veut beaucoup plus sombre et plus tragique. Jonché de scènes fortes et brillamment interprétées en VF, le jeu parvient alors réellement à nous retransmettre ces émotions, tout en traitant avec beaucoup de justesse le concept de dissonance ludo-narrative.

En effet, alors que l’escalade de la violence aurait pu n’être qu’un ressort narratif destiné à dépeindre l’évolution des personnages, le studio a réussi à faire en sorte que son impact se répercute également sur le joueur, qui est régulièrement poussé à s’interroger sur le poids de ses actions dans le gameplay. Une manière très ingénieuse de nous faire ressentir la perte de contrôle dont sont victimes les deux héros donc, et par conséquent de renforcer l’immersion du récit. Cela fonctionne d’ailleurs d’autant plus que ce dernier n’hésite pas à proposer en parallèle de nombreux « moments de vie », durant lesquels les personnages se lient, se dévoilent et se confessent via des scènes souvent intimes, touchantes et même amusantes. De quoi rendre le casting du jeu encore plus attachant, tout en renforçant profondément la relation fraternelle qui lie Amicia et Hugo.

Vous l’aurez compris, A Plague Tale: Requiem a donc passé un véritable cap en termes de narration par rapport à son prédécesseur. Et cela se ressent aussi très largement dans la mise en scène, qui a tellement gagné en ambition qu’elle n’a parfois plus grand-chose à envier à celle d’un Uncharted par exemple. Panoramas dignes d’une carte postale, scènes d’action survoltées, séquences d’exploration et de réflexion, le jeu multiplie les moments d’aventure et de voyage véritablement épiques. Autant dire que les progrès réalisés par le studio sont colossaux, ce qui ne promet que le meilleur pour la suite. Cette fois encore, on peut d’ailleurs compter sur le travail réalisé par Olivier Derivière pour sublimer un tableau déjà très solide, le compositeur français nous ayant livré une partition tout simplement parfaite du début à la fin.

Un récit presque parfait

Pour autant, en dépit de toutes ses grandes qualités, il faut tout de même avouer que la narration du jeu n’échappe pas à certaines petites errances par moments. Du long de ses 15h, le récit souffre par exemple de quelques longueurs qui auraient aisément pu être évitées, et qui viennent parfois contredire l’urgence de la situation dans laquelle on est censé se trouver (le chapitre IX, notamment). On peut également noter la présence de quelques ficelles scénaristiques un peu grosses, d’une certaine propension à forcer les « moments de vie » et même d’un certain manque de crédibilité dans le déroulement de plusieurs scènes. Heureusement, tout cela est très souvent contrebalancé par la qualité générale de l’histoire, qui nous tient sans difficulté en haleine du début à la fin et qui se termine d’ailleurs en apothéose.

Un gameplay décevant…

Point quelque peu décevant du premier opus, le gameplay était sans doute l’élément sur lequel on pouvait avoir le plus d’attentes dans le cadre de cette suite. Après tout, c’est sur cet aspect que la licence avait le plus de marge de progression, surtout au vu des nouvelles ambitions d’Asobo. Malheureusement, le résultat n’est définitivement pas au rendez-vous, et A Plague Tale: Requiem reproduit peu ou prou l’ensemble des erreurs de son prédécesseur sur le sujet. Loin d’être désagréable ou même difficile à prendre en main, le gameplay du jeu reste relativement daté dans son approche et manque très souvent de subtilité à tous les niveaux. On se retrouve ainsi face à une étrange dichotomie avec, d’un côté, une écriture qui se veut plus cinématographique et immersive et, de l’autre, des mécaniques qui nous rappellent constamment que l’on se trouve dans un jeu vidéo.

Cela se ressent notamment durant les scènes d’action qui, aussi impressionnantes et intéressantes soient-elles, montrent rapidement les limites du gameplay. Encore plus en mode de difficulté élevé, où le jeu ne nous laisse bien souvent pas le droit à la moindre erreur. Alors certes, il ne s’agit pas forcément d’un point négatif puisque cela nous permet de mieux saisir la fragilité des héros face à des ennemis bien plus forts qu’eux, mais il peut tout de même s’avérer frustrant de devoir recommencer en boucle un même passage à cause d’un gameplay qui devient rigide et imprécis dès lors que l’on se trouve dans l’urgence. On en arrive parfois presque à être soulagé que l’IA des adversaires soit une nouvelle fois complètement aux fraises, car cela nous permet finalement de tirer parti de la situation pour mieux pouvoir nous en sortir.

…malgré QUELQUES bonnes idées

C’est d’autant plus dommage qu’en parallèle, A Plague Tale: Requiem propose pourtant un certain nombre de mécaniques réellement intéressantes. Par exemple, l’idée de préférer un système de compétences qui évolue en fonction de notre manière de jouer plutôt que d’opter pour le traditionnel arbre de compétences apporte un vrai plus à l’expérience de jeu. Cela nous pousse en effet plus que jamais à opter pour une approche bien précise en fonction de la situation, en sachant que trois possibilités sont au programme : l’infiltration (ne pas tuer du tout ou ne tuer presque personne), l’agressivité (tuer un maximum de personnes) ou l’opportunisme (un entre-deux). De la même manière, le fait que chacun de nos acolytes puisse nous aider sur le terrain avec une capacité personnelle rend leur présence réellement utile, par-delà l’aspect purement narratif.

Pour le reste, on retrouve globalement les mêmes bases que dans A Plague Tale: Innocence, avec la possibilité d’améliorer ses équipements sur des établis ou encore de se crafter différents types de munitions (incendiaires, ignifuges, inflammables, etc.) à partir de ressources trouvées un peu partout dans des coffres. On reste ainsi dans de l’action-aventure tout ce qu’il y a de plus classique et cela fonctionne plutôt bien, même si l’exécution reste réellement à revoir pour adopter une approche plus moderne. À noter que deux nouveautés très appréciables font tout de même leur apparition : l’arbalète d’Amicia, qui s’avère être une alliée bien plus efficace que la fronde, et la possibilité d’utiliser la capacité d’Hugo à contrôler les rats. Cette dernière aurait d’ailleurs mérité d’être exploitée plus en profondeur tout au long de l’aventure.

Dernier point et non des moindres, les joueurs qui opteront pour la version PS5 du jeu pourront bénéficier d’une immersion réellement accrue grâce la manette DualSense, qui est ici extrêmement bien exploitée. Les retours haptiques sont très nombreux et permettent de ressentir la moindre petite action, que ce soit le simple fait de prendre la main d’Hugo, de sprinter, de se heurter à un obstacle, d’avancer dans les hautes herbes, de rester sous la pluie ou même pour ressentir la présence des centaines de milliers de rats qui sont à proximité. De leur côté, les gâchettes adaptatives permettent quant à elles de ressentir le poids de l’utilisation de certains objets et de certaines armes. De quoi faire d’A Plague Tale: Requiem une expérience réellement nouvelle génération, donc.

Un voyage mémorable

De la même manière que son prédécesseur, le nouveau jeu d’Asobo Studio impressionne d’ailleurs par sa technique de haute volée qui, disons-le clairement, inspire véritablement le respect quand on sait qu’il ne s’agit que d’un AA développé par une équipe d’environ 70 personnes. Oui, il est parfois un peu inégal, il lui arrive de manquer de finesse, il y a du clipping et surtout, il souffre de baisses de framerate assez importantes. Mais ces quelques défauts sont rapidement oubliés face à la beauté de la direction artistique, qui tranche largement avec celle d’A Plague Tale: Innocence dans ses environnements. Plus colorés, plus dépaysants, plus variés et même plus grandiloquents, les panoramas du jeu ne cessent de nous surprendre et de nous émerveiller à chaque instant. De quoi rendre hommage comme il se doit à nos superbes paysages français.

Conclusion

Après nous avoir offert un premier épisode relativement solide en 2019, Asobo Studio revient aujourd’hui avec une suite résolument plus ambitieuse. Porté par un récit plus sombre placé sous le signe de la fin de l’innocence, A Plague Tale: Requiem nous plonge au cœur d’un nouveau voyage à la fois épique et émotionnellement puissant qui marque l’esprit à bien des égards. Mais aussi percutant soit-il dans sa narration, le titre hérite malheureusement des défauts de gameplay de son prédécesseur, qui continuent ainsi de l’empêcher d’atteindre le niveau d’excellence qu’il pourrait pourtant avoir. Espérons que la prochaine sera la bonne !

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